vendredi 17 février 2012

Je me sens comme une petite conne...

3 novembre (nuit)

J’ai essayé de raisonner Lemleck, mais je crois que je n’ai pas été convaincante du tout, parce qu’il a continué d’avancer vers moi sans s’arrêter. Moi je reculais, mais à tous petits pas. Je voulais qu’il retourne dans sa chambre, mais j’avais encore plus envie qu’il reste. Plus il se rapprochait et plus j’en avais envie. Quand je me suis retrouvée dos à l’armoire, ses mains de chaque côté de moi, mes protestations n’étaient plus que des murmures. Et quand il s’est penché vers moi, je ne sais plus si je le suppliais de s’en aller ou de m’embrasser.

Mes belles résolutions sont parties en fumée dès que ses lèvres ont touché les miennes. J’ai tout de suite répondu à son baiser tant j’avais envie de lui. Je n’avais jamais été embrassée comme ça, mais j’adorais.

Lemleck m’a soulevée en plaçant une main sous mes fesses. Il continuait de m’embrasser et moi je suis restée accrochée à lui, jusqu’à ce qu’il me jette sur le lit. Quelques instants plus tard, je n’avais plus sur le dos que ma petite culotte. C’est à ce moment-là que je me suis dit que ce n’était peut-être pas une bonne idée de continuer. Si nous dépassions le point de non-retour, nous le regretterions tous les deux.

Lemleck a enlevé sa chemise et est grimpé sur moi. J’ai essayé de le repousser avec mon pas-de-force, mais il m’a immobilisée en maintenant mes bras au-dessus de ma tête avec une de ses mains. J’ai tenté ensuite un coup de pied bien placé, mais je n’ai pas réussi et ses jambes empêchaient maintenant les miennes de bouger.

J’ai ensuite essayé de le repousser avec de l’eau, mais j’ai seulement réussi à le trouver encore plus attirant avec ses cheveux mouillés. J’aurais bien essayé un flare, mais sa tête était rendue dans ma poitrine. Non, ne m’embrassez pas là… mais continuez s’il vous plaît…

Son autre main était rendue dans ma culotte. Encore là, je ne sais pas si je me tortillais pour qu’il me lâche ou pour qu’il continue. On aurait dit que plus ma tête me disait que ce n’était pas une bonne idée, plus mon corps me suppliait de me laisser faire.

Lemleck a arraché ma culotte comme si de rien était et après il a commencé à détacher son pantalon. Si je ne le repoussais pas tout de suite, il allait coucher avec moi et le pire, c’est que je le supplierais probablement de ne pas s’arrêter. J’ai finalement eu un coup de chance et ma vague d’eau a été assez forte pour l’éloigner. J’ai tout de suite couru m’enfermer à clé dans la salle da bain. Le temps que je passe dans la chambre de Lemleck, la première porte était défoncée. J’ai donc fait un mur de glace sur le deuxième, ainsi que sur la porte qui donnait sur le corridor. J’ai entendu du bruit venant de la salle de bain, comme si Lemleck essayait de défoncer la deuxième porte, puis le bruit s’est déplacé plus loin, il y a eu un cri et plus rien.

J’avais peur que Lemleck revienne et je ne tenais pas particulièrement à me faire trouver toute nue, alors je lui ai volé une de ses chemises et j’ai pris une de ses armes. J’ai ensuite passé le restant de la nuit à surveiller les deux portes. Si quelqu’un essaie d’entrer, je serai prête à tirer.

4 novembre

Finalement, le matin est arrivé et personne n’a jamais essayé d’entrer. J’étais cernée jusqu’aux coudes quand je me suis décidée à retourner dans ma chambre. Il n’y avait personne. J’aurais voulu me changer, mais mes vêtements étaient passés de vie à trépas. J’ai eu l’idée de tirer sur la corde et une servante est arrivée. Je lui ai donné mon linge, mais c’est avec une robe de sa maîtresse qu’elle est revenue. Mes vêtements étaient bel et bien morts, paix à leurs âmes. Génial. Alors, les seules choses que je possède encore et qui m’appartiennent sont mes bottes.

Une fois changée, je suis descendue. J’ai entendu Gratia pleurer derrière une porte et son mari qui faisait les cents pas. Je ne tenais pas à leur parler, alors je suis remontée. Au moment où j’arrivais à ma chambre, j’ai vu Lemleck qui sortait d’une autre pièce. J’avais encore moins envie de le voir lui, alors je suis allée m’enfermer à clé dans ma chambre et j’ai aussi verrouillé sa porte de salle de bain (je ne me sentais pas très rassurée d’avoir une porte défoncée entre nous deux).

Il est venu cogner pour que je débarre sa porte, mais j’ai refusé de le faire. Je lui ai dit qu’il avait défoncé ma porte, mais il n’a pas eu l’air de s’en souvenir. Il est parti puis est revenu, mais je refusais toujours de lui ouvrir.

-Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir?

-…Non…

-Ce «non» était-il un mensonge?

-Ça dépend ce que vous entendez par-là?

-Est-ce que je t’ai agressée?

-…Non…

(Si par «agresser» vous voulez dire «coucher avec moi», alors c’est non. Mais si par «agresser» vous entendez «embrasser, déshabiller, tripoter à des endroits beaucoup trop intimes et passer à un cheveu de coucher avec moi», alors la réponse est définitivement oui.)

J’ai accepté de lui ouvrir après qu’il m’ait promis de ne pas me faire du mal. Je savais que je pouvais croire en sa parole alors s’il me le promettait, c’était vrai. Il a dit que le rouge n’était pas ma couleur. Je sais, mais ce n’est pas comme si j’avais eu le choix. Mes vêtements… Il avait une bonne idée de ce qui s’était passé. Dieu merci, il n’a pas demandé de détails, parce que je ne pense pas que j’aurais été capable d’en parler. Avec un peu de chance, ce ne sera plus bientôt qu’un mauvais souvenir que nous finirons par oublier…

Lemleck voulait partir tout de suite. Pas de problème. Donnez-moi juste le temps de ramasser mes affaires… C’est vrai, je n’ai plus rien… encore! Je suis prête alors. Il m’a tendu son bras et je n’ai pas hésité à le prendre. J’étais toujours un peu mal à l’aise, mais je savais que je ne risquais rien avec lui. Dans le hall d’entrée, son frère a tenté de le retenir, mais Lemleck a été clair : il n’irait pas parler à sa belle-sœur et il ne voulait plus jamais entendre parler de cette affaire. Je crois que je vais me faire ramasser quand je vais m’excuser alors…

J’ai effectivement reçu de très bonnes claques de sa part, mais pas à cause de mes excuses. J’ai fini par trouver le courage de m’excuser. J’ai expliqué ce qu’il s’était passé et il ne m’en a pas voulu. Il a dit que ce n’était pas ma faute. Après il m’a demandé depuis quand je me martyrisais. Depuis quand? Réponse vague : c’est assez récent. Réponse précise : depuis qu’Uvi est mort. Il m’a aussi dit autre chose qui m’a fait très plaisir : il m’a remercié de lui avoir raconté ce que j’avais vécu chez son frère. Il savait que ça n’avait pas dû être facile pour moi, mais ce que je lui avais dit lui avait fait prendre conscience qu’il avait des responsabilités envers son frère, qui était devenu un monstre. J’ai été utile à Lemleck? Yééé!

C’est après ça que la conversation s’est gâtée. Il m’a dit que nous étions en route pour Idrazz’il. Moi je voulais vraiment l’aider et je lui ai dit. Il m’a regardée comme si j’étais complètement folle et il m’a demandé ce que je cachais. Je n’étais quand même pas pour lui dire que je m’étais rendue dans l’aile ouest et que j’avais vu tout le sang alors je me suis contentée de lui dire que je le considérais comme quelqu’un de bien et que je n’avais jamais pensé qu’il puisse être un malfrat, même s’il avait été envoyé à Scion.

J’ai eu l’impression de lui avoir fait la pire des insultes et j’ai subi ramassage après ramassage. Te rends-tu compte que tu vas m’aider à tuer ton roi? Peut-être que j’avais des raisons d’être envoyé à Scion… Ceux qui m’y ont envoyé en avaient aussi… Si quelqu’un essaie de me tuer, ou de te tuer, pourras-tu dire que leurs raisons ne sont pas bonnes? Je n’ai pas besoin de me faire dire que je suis un bon gars. En résumé, c’était : tu ne sais rien alors ferme-la. Muuu… Et moi qui étais si contente de lui dire que je trouvais qu’il était quelqu’un de bien. Là je me sens juste comme une petite conne qui a parlé sans savoir…

Après ça, je me suis enfermée dans le silence et je n’ai plus osé le regarder. Je n’aurais pas pu me sentir plus mal. Et dire que je voulais tellement bien faire…

5 novembre (matin)

J’avais fini par m’endormir et le carrosse qui s’arrêtait brusquement m’a réveillée. Lemleck m’a empêchée de tomber. Reste tranquille. Bien sûr que je vais rester tranquille! Vous me prenez pour qui?

Il y avait dehors des soldats arcadiens qui voulaient faire une inspection de routine. Nous n’avons donc pas eu le choix de descendre. J’espère que ça ne durera pas longtemps…

mardi 24 janvier 2012

Je dois le raisonner, mais il est si beau...

Au bout de quelques heures, je me suis décidée à aller prendre des nouvelles de Lemleck. Jacques montait la garde devant sa cabine et il n’a pas voulu me laisser entrer. Après que j’ais expliqué un peu ce qui s’était passé, il m’a accusée d’être fautive et a refusé de m’expliquer quoi que ce soit. Il m’a ensuite chassée en me disant d’aller faire mes trucs d’elfe. J’ai même eu droit à un «shoo-shoo», avec le petit mouvement de main en prime. Je me suis beaucoup retenue pour ne pas lui donner un coup de pied dans le tibia…

Au moins, Rodrigue a été assez gentil pour m’expliquer. Il m’a dit que l’alcool était comme une drogue, que si on carburait à ça, l’organisme finissait par ne plus pouvoir s’en passer. Si on arrêtait d’un coup d’en prendre, ça pouvait créer un choc trop grand et la personne pouvait en mourir. Mais je ne veux pas que Lemleck meure moi… Rodrigue a tenté de me rassurer en me disant que ceux de sa race étaient faits forts. S’il le dit… mais depuis quand les capitaines sont considérés comme une race à part…?

18 au 26 octobre

Pendant 8 jours, je n’ai eu aucune nouvelle de Lemleck. J’entendais parfois du bruit et il m’est arrivé de voir Jacques sortir de la cabine, recouvert de la moitié de la nourriture qu’il avait tenté d’apporter à Lemleck. Moments jouissifs…

Finalement, la porte s’est ouverte. Je suis allée voir, mais il y avait toujours des marins. Je suis allée me cacher plus loin, mais quand je suis revenue, la cabine était toujours occupée. Je suis donc retournée me cacher et j’ai attendu que les marins sortent avant d’aller jeter mon coup d’œil. Lemleck n’était nulle part en vue. J’ai fait un tour complet du bateau et j’ai revérifié dans la cabine avant de me décider à demander à Rodrigue. Il m’a pointé la vigie. Alors c’est là qu’il se cachait? Je me suis assise tout près et je l’ai regardé jusqu’à ce qu’il descende.

Il est descendu par les cordes. C’était assez épique à voir. Il a atterri près de moi et m’a regardée sans rien dire. Il était amaigri et avait des cernes, mais au moins il était vivant. Mais je ne pouvais quand même pas lui demander s’il allait bien, vu que ce n’était pas le cas, alors je lui ai simplement dit que j’étais heureuse de voir qu’il allait mieux, puis qu’il ne soit pas mort, mais il n’a apprécié aucune de mes remarques. Je n’étais quand même pas pour vous dire que j’aurais aimé que vous mouriez!

Je lui ai demandé si j’avais fait quelque chose de mal. Il a été établi qu’à part être une elfe et respirer, à part espionner la cabine d’un homme (mais que devait-il penser de moi quand il m’a vue faire des allers-retours vers sa cabine?) et à part essayer de me justifier pour qu’il ne pense pas que j’essayais vraiment de l’espionner, je n’avais rien fait de mal. Ça doit vouloir dire qu’il ne m’en veut pas de lui avoir parlé. C’est bien, non? Il m’a demandé pourquoi je voulais savoir ça.

-Parce que c’est arrivé juste après que je vous ais parlé. Je sais qu’il y a un lien, mais je ne vois pas lequel.

-Pourquoi je devrais me justifier?

-Parce que vous le voulez bien…

-À une elfe?

-Oui.

-Jamais.

D’accord… Oubliez ça alors. J’ai été idiote de penser que… Nous arrivions le lendemain à destination, alors j’ai tout fait pour l’éviter.

27 octobre

Nous sommes finalement arrivés. Lemleck a jeté quelque chose à l’eau, pour attirer le truc que nous devions tuer. Il m’a donné une potion à boire, qui me permettrait de respirer sous l’eau. Comme au bon vieux temps…

Il a demandé à Maverick de nous emmener sous l’eau, en échange de quoi son bateau serait un deux mâts. Avec cette promesse et un «s’il vous plaît» de ma part, Maverick a sauté dans l’eau et s’est transformé. Lemleck a sauté directement sur la tête de Maverick. J’ai essayé de faire pareil, mais je suis tombée dans l’eau. Lemleck m’a sortie en m’agrippant par le collet. Il avait l’air contrarié.

-Je n’ai jamais dit que je savais sauter!

-Quand on ne sait pas, on demande!

-Ça change quoi? On va finir dans l’eau de toute façon!

(Il a encore eu l’air fâché.)

-Accroche-toi.

Par réflexe, je me suis accrochée à lui.

-Qu’est-ce que tu fais?

-…Désolée…

Comment j’étais censée savoir que je devais m’accrocher à Maverick et pas à vous? Je me suis donc accrochée à Maverick et nous sommes rentrés dans l’eau.

Maverick nous a laissés dans les profondeurs et il est reparti. Il y avait une épave de bateau plus loin. J’ai aperçu du mouvement. Yééé… Encore ça… C’est vraiment comme au bon vieux temps… Le monstre qui est sorti était le même que nous avions combattu dans le temple de l’eau, plus petit, mais tout aussi effrayant.

Tout est devenu noir assez vite et je me suis réveillée sur le pont du bateau, en crachant de l’eau. Maverick semblait très heureux que je sois réveillée. Lemleck avait encore l’air fâché et s’est contenté de m’ordonner d’aller me changer. Mais depuis quand vous me vouvoyez?

Je suis donc allée me changer et je me suis risquée ensuite à aller le voir. Il était en train de préparer la mixture qui me débarrasserait de mes bracelets. Le premier s’est enlevé sans problème, mais le deuxième a refusé de se défaire. Ça n’a pas plus à Lemleck et il a même traité la sorcière de garce.

Moi j’ai décidé de faire un essai et j’ai réussi : mon violon est apparu. Rien n’aurait pu me faire plus plaisir alors j’ai remercié Lemleck. J’étais malgré tout très satisfaite. Avec un peu de chance, je pourrais malgré tout utiliser ma magie à peu près normalement.

-Je tiens toujours ma parole.

-C’est ce que je vois.

-…

Il a haussé un sourcil, comme si ma déclaration le surprenait. Vous l’aviez dit vous-même, non? Vous devez me faire confiance sur un minimum de choses si vous voulez que je vous fasse aussi confiance. Ça marche dans l’autre sens aussi.

La prochaine étape était le continent et Idrazz’il. Mais avant, Lemleck voulait faire un arrêt au port le plus proche. Bien entendu, il ne m’a pas dit où il voulait s’arrêter ni pourquoi, alors je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment. Mais qu’est-ce qu’il prépare…?

3 novembre

Au bout d’une semaine, nous sommes finalement arrivés à destination. Maverick est parti avec Rodrigue pour magasiner un bateau et j’ai dû dire adieu à mon ami. J’espère que je vous reverrai un jour. Vous allez me manquer…

Un carrosse attendait Lemleck, qui m’a fait signe de le suivre. Euh… Mais qu’est-ce qui se passe? Il me demande, pas ordonne, demande, de le suivre… Quelle visite peut-il bien avoir à faire qu’il ait besoin de moi? Je me sentais un peu mal à l’aise, mais je l’ai quand même suivi. Ma curiosité me perdra…

Le voyage a duré une bonne partie de la journée. Lemleck n’a rien dit et moi je n’ai rien demandé. Je ne pense pas qu’il m’aurait répondu ou plutôt il m’aurait répondu un truc du genre «je n’ai pas à te dire quoi que ce soit».

Nous sommes arrivés en fin de journée à une charmante villa côtière. Des serviteurs sont sortis pour accueillir Lemleck et j’ai entendu une des deux voix que je redoutais le plus d’entendre : celle de la belle-sœur. Pourquoi? Pourquoi Lemleck voulait-il m’emmener ici? Le pire dans tout ça, c’est que la belle-sœur agissait comme si rien ne s’était passé. Elle a d’abord paru surprise de me voir, puis contente. Et moi, à part dire un faible «bonjour», je suis restée plantée là, complètement terrorisée.

Après qu’elle soit rentrée dans la maison, j’ai fait part de mes craintes à Lemleck. Je n’avais aucun désir d’entrer dans cette maison et je préférais de beaucoup retourner sur le bateau.

-Alors remonte dans le carrosse et retourne sur le bateau. Et montre à tout le monde que les elfes sont lâches.

(Il ne m’en fallait pas plus pour me décider. Juste pour le contredire, j’ai décidé de ne pas partir et je l’ai précédé dans la maison.)

-…Je vous hais.

-Quand on déteste, on essaie de tuer.

-Je ne vous déteste pas vraiment en fait…

Et c’était vrai. Avec tout ce qui s’était passé, j’avais eu peur de Lemleck, j’avais été fâchée contre lui, mais je ne l’avais jamais haï.

Nous avons retrouvé la belle-sœur au petit salon et nous avons été rejoints par le frère. Il a été très étonné de voir Lemleck chez lui, mais encore plus de le voir chez lui sobre. Quand il m’a regardée, il n’a même pas eu l’air de me reconnaître. Il a fallu que sa femme lui rappelle qui j’étais. Allez, rappelez-vous… Je suis l’elfe que vous avez déshabillée et tripotée durant son sommeil et que vous avez reluquée pendant qu’elle était complètement nue et qu’elle lisait un livre sur le sexe… Naturellement, je n’ai pas eu le courage de le lui dire.

La belle-sœur voulait qu’après le souper, nous allions boire un thé ensemble pendant que les hommes allaient de leur côté pour boire leur porto. Moi je n’avais pas du tout envie d’être ici et encore moins de me retrouver seule en compagnie de la belle-sœur. Pour l’amour du ciel, pourquoi Lemleck avait-t-il décidé de m’emmener ici et surtout pourquoi avait-il décidé de m’emmener ici pour quelques jours? La proposition de la belle-sœur ne me disait rien du tout et je m’apprêtais à lui dire.

-Euh…

-Lâche.

(Ça c’était Lemleck.)

-C’est d’accord!

Je n’allais certainement pas lui donner raison. Ça me fâchait tellement qu’il m’ait traitée de lâche que j’ai failli lui donner un coup de pied pour me venger.

Le frère et la belle-sœur nous ont précédés dans la salle à dîner et Lemleck m’a tendu son bras.

-Oh mon dieu…

(Comment vais-je survivre?)

-Lemleck suffira.

Est-ce que c’est moi ou est-ce que Lemleck vient juste de faire une blague? Vient juste de me faire une blague? Ça m’a fait tellement plaisir que ça effaçait presque l’inconfort que je ressentais.

-Je vous déteste…

-Je sais, je ne me lasse jamais de l’entendre.

-Vous savez, si vous avez l’impression de ne pas recevoir votre dose quotidienne, vous n’aurez qu’à me demander de vous le dire.

-Je n’y manquerai pas.

-J’ai l’impression que ça ne sera pas difficile…

Je ne pensais pas mes deux premières phrases, mais celle-ci, oui. Que ce soit volontaire ou pas, on aurait dit que Lemleck savait exactement quoi dire et faire pour que j’agisse.

Le souper s’est relativement bien passé. La nourriture était délicieuse et le frère et la belle-sœur était de bonne compagnie. On aurait presque dit un repas entre amis. Quand nous avons fini de manger, les hommes sont effectivement partis de leur côté et moi avec la belle-sœur pour boire un verre et discuter entre filles.

J’avais tellement peur qu’elle ne mette ses menaces à exécution que je n’ai pas osé la contredire une seule fois. Quand elle m’a demandé comment les choses se passaient avec Lemleck, je lui ai répondu que ce n’était que tout récemment que nos relations s’étaient améliorées. Elle m’a ensuite demandé si nous en étions rendus à penser à… avoir une famille? Non, pas encore… Oui, c’est bien parce qu’il n’a pas encore osé faire les premiers pas… Est-ce qu’il aurait besoin d’un petit coup de pouce? Oui, sûrement… Je pensais qu’elle allait me donner des conseils sur ce que je devrais faire pour «motiver» Lemleck, mais elle n’en a rien fait. Elle doit garder ça pour plus tard. J’ai aussi mentionné que Lemleck ne buvait plus depuis deux semaines et qu’il avait tout jeté par-dessus bord. Elle était certaine que j’en étais la cause. Oui, c’est bien à cause de moi, mais pas pour moi.

Elle m’a reconduite à ma chambre en prenant bien soin de me préciser que la chambre de Lemleck était juste à côté et qu’une salle de bain communicante nous séparait. Merci, c’est bon à savoir…

Une fois seule, j’ai attendu avec impatience que Lemleck retourne dans sa chambre. J’entendais des éclats de voix (qui ne pouvaient être que les siens) et j’étais très curieuse de connaître les détails de la discussion qu’il avait eue avec son frère. Dès que j’ai entendu du bruit de l’autre côté, j’ai ouvert la porte menant à la salle de bain communicante… au même moment où lui ouvrait la porte de son côté, une bouteille de vin et deux coupes à la main.

-Les grands esprits se rejoignent…

-Je suis un grand esprit?

-Ce soir, oui.

-Ce soir?

-…Tout le temps!

(Et maintenant, ça sonne comme si je le traitais d’attardé tout le reste du temps. J’ai seulement été agréablement surprise de voir que nous avions pensé à la même chose en même temps, c’est tout…)

Il m’a laissé la préférence de l’endroit où nous boirions notre vin, alors je lui ai fait signe de me suivre dans ma chambre, où nous pourrions nous assoir confortablement que sur le rebord du bain. Il m’a demandé quels étaient mes plans. Survivre à mon séjour ici, retourner sur le bateau et penser à un moyen de nous faire entrer dans Idrazz’il sans problème. Parce que oui, je voulais vraiment aider Lemleck.

J’ai profité que l’atmosphère était détendue pour m’excuser d’avoir été lâche. Je lui ai expliqué que j’avais eu tellement peur que je n’avais pas osé la détromper. Son frère, lui, ne pensait pas que nous étions un couple. Tant mieux pour lui, mais la belle-sœur le croyait et moi j’avais eu peur de lui dire le contraire.

-Ils ne te feront rien parce que je suis là.

-Mais vous ne serez pas toujours à côté de moi!

-Tu as besoin de moi pour te protéger d’elle?

-Oui.

-Tu as besoin de moi?

-Oui!

Que voulez-vous que je vous dise de plus? Je suis faible, je suis lâche et j’ai besoin de vous! Parce que je sais très bien que malgré vos sentiments envers les elfes, vous ne les laisserez pas me faire du mal. Regardez ce que vous avez fait! Vous m’avez tellement énervée que j’ai des coups de chaleur! C’est même plus que des coups de chaleur. Je commence à avoir très chaud.

Lemleck avait chaud aussi parce qu’il a enlevé sa redingote.

-Il fait vraiment chaud…

-Oui, c’est vrai. Est-ce que l’alcool est censé donner aussi chaud? Je ne suis pas une experte, mais…

-Non. D’habitude, l’alcool rafraîchit.

Il a fini de parler, mais j’ai gardé les yeux rivés sur ses lèvres. J’adorerais les embrasser, ou même juste les toucher, ou toucher votre visage... Et vos yeux… Vos yeux sont tellement beaux Lemleck… Et votre torse, que j’aperçois par le col entrouvert de votre chemise… J’ai tellement envie de détacher votre chemise jusqu’en bas pour pouvoir admirer le reste… Savez-vous à quel point vous êtes sexy…?

Oh mon dieu… Je suis en train de trouver Lemleck attirant… Ce n’est pas normal, ce n’est vraiment pas normal! C’est la belle-sœur! Elle doit forcément avoir mis quelque chose dans le vin! C’est pour ça que nous avons si chaud et que Lemleck… me regarde exactement de la façon dont moi je dois le regarder. J’adore vraiment vos yeux… Je vous en prie, continuez à me regarder et laissez-moi vous regarder, laissez-moi tout vous regarder… Oh non, je ne peux pas croire que je viens de penser ça. Il faut qu’il parte, tout de suite!

-Je vous en prie Lemleck, partez avant que je ne dise ou ne fasse quelque chose que je pourrais regretter.

-Comme quoi?

(Votre voix est si sensuelle… Vous voulez bien me murmurer quelque chose à l’oreille? N’importe quoi fera l’affaire. Je voudrais juste entendre votre voix d’un peu plus près et sentir votre souffle sur ma peau. D’ailleurs, ce n’est pas obligé d’être contre mon oreille. Tout mon corps est à votre disposition pour que vous en profitiez comme vous voulez. Seigneur, je suis en train de m’offrir mentalement à Lemleck…)

-Comme…

(Comme vous dire à quel point vous êtes beau et que je voudrais que vous me preniez ici et maintenant. Je vous en prie, enlevez-moi mes vêtements, arrachez-les si vous voulez, et prenez-moi. Je me fiche si ce n’est pas sur le lit. Le canapé ou même le plancher feront l’affaire.)

-…Comme quelque chose…

Lemleck s’est finalement levé et il est parti. J’ai failli lui demander de rester, le supplier plutôt, mais en même temps, la vue de dos n’était pas du tout désagréable à regarder… Je n’avais jamais remarqué à quel point vous aviez des belles fesses. Je suis certaine qu’elles seraient encore plus belles si vous n’aviez pas vos pantalons… Pourquoi avez-vous seulement enlevé votre redingote? Avez-vous besoin d’aide pour le reste…?

Une fois la porte de la salle de bain refermée, j’ai commencé à faire les cents pas. J’ai des pensées envers Lemleck… J’ai des pensées trop troublantes envers Lemleck… Je sais que ce n’est pas naturel, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai déjà trouvé des hommes beaux et attirants, mais je n’avais jamais été attirée sexuellement pas personne et surtout pas au point que c’en était devenu un besoin vital. Ça pouvait paraître exagéré, mais c’était ce que je ressentais : j’avais l’impression que j’allais devenir complètement folle si je ne couchais pas avec Lemleck.

Pour l’amour du ciel, reprends-toi Leila… Reprends-toi… J’essayais toujours de me contenir quand la porte de la salle de bain s’est ouverte avec éclat, au bout d’une heure. C’était Lemleck, qui avait l’air de me vouloir encore plus que tout à l’heure. Je pourrais peut-être le raisonner… essayer de le raisonner… Non, je dois le raisonner.

Mais il est tellement beau et le lit est si près…

dimanche 8 janvier 2012

Euh...

Lemleck attendait sans rien dire devant moi. Il me regardait et attendait­. Je lui ai demandé pourquoi il voulait tant savoir. C'était raisonnable comme question, non? Après tout, ça faisait six mois que je voyageais avec lui et jamais il ne s'était intéressé à ce qui s'était passé. Malgré ça, il a refusé de me répondre.


J'ai commencé par parler d'Urh. Je crois que j'ai dit dix mots avant d'avoir un blocage.
-Est-ce que c'est vraiment nécessaire?
-...
Encore un silence. Lemleck ne m'aiderait pas du tout. Je me serais attendue à ce qu'il le fasse. Pas avec des encouragements, mais avec des «Parle l'elfe!». Le silence était pire.

J'ai réussi à me rendre jusqu'à l'arrivée à la maison. Ensuite, j'ai encore bloqué. Le souvenir de cette fameuse nuit me rendait profondément mal à l'aise. J'aurais pu à ce moment-là me taire. Je lui ai encore demandé si c'était vraiment nécessaire et il m'a répondu que si je ne voulais pas en parler, c'était mon choix.

J'aurais pu tout arrêter à ce moment-là et ne plus jamais y penser, mais j'ai choisi de tout déballer. Peut-être que j'avais peur qu'il revienne à la charge plus tard? S'il m'avait posé la question, c'était qu'il voulait vraiment savoir, peu importe sa raison, alors il n'abandonnerait pas aussi facilement. Peut-être que je voulais tout simplement en être débarassée une bonne fois pour toute...?

J'ai pris une profonde inspiration et j'ai tout déballé.
-La première nuit, je me suis réveillée à moitié nue, votre frère couché sur moi en train de me tripoter!
-La provocation ne fonctionne pas avec moi, surtout venant de toi.
-Ce n'est pas de la provocation!
-Pourquoi il aurait fait ça?
-Je ne sais pas! Je ne lui ai pas demandé! J'étais occupée à me défendre!
-Te défendre contre quoi?
-Me défendre contre l'homme qui m'avait déshabillée et tripotée durant mon sommeil!
-...
-J'aurais dû le laisser faire peut-être?!
-...
-...
Encore ce silence si pesant. D'accord, je vais continuer...

J'ai enchaîné avec les leçons de danse et les coups de fouet sur mes pieds, qui ont fini fendus jusqu'au sang. Il n'a pas commenté. Juste un haussement de sourcil, comme s'il doutait de la véracité de mes paroles.

J'ai continué avec les leçons d'équitation et les commentaires déplacés de son frère. Dieu merci, il ne m'a pas demandé de précision.

Ensuite, ma deuxième leçon préférée: la broderie/tricot. J'ai parlé de l'aiguille à tricot dans la main, des menaces, du petit doigt disloqué. Encore ce haussement de sourcil...

Puis, vint ma partie préférée: les leçons de diction. Je me suis contentée de dire que c'était un livre très déplacé (jamais je n'aurais pu dire quel était le sujet exact, beaucoup trop gênant). J'ai parlé de la belle-soeur, de son départ. Puis l'arrivée de son frère, ses commentaires encore déplacés, sa main rendue à moitié sous ma robe... Plus mon récit avançait, moins j'osais le regarder. Quand je suis arrivée au moment où son frère m'avait demandé d'enlever ma robe, sinon il aurait demandé à des serviteurs de le faire à ma place, j'osais à peine lui jeter de minuscules coups d'oeil, tellement j'étais mal à l'aise. Lui n'avait pas arrêté un instant de me fixer, toujours en silence.

Alors j'ai continué: la lecture avec le frère qui me reluquait, la belle-soeur qui est revenue et qui s'est mise à discuter avec son mari comme si de rien était...

La suite, il en connaissait une partie. Il était arrivé et j'avais osé lui répliquer. Ça n'avait pas plu à la belle-soeur, qui m'avait forcée à manger un pain au savon et... la cerise sur le sundae, ses menaces on ne peut plus claires. Je m'en souvenais par coeur: Si tu ne le satisfais pas d'une quelconque façon, je vais te revendre à des marins pas recommendables, cinq ou six, qui auront pour seule mission de faire souffrir le plus longtemps possible.

Le lendemain matin à l'aurore, la belle-soeur était venue me réveiller. Elle m'avait mis un sac (de vêtements?), m'avait emmenée jusqu'au bateau et m'avait enfermée à clé dans la cale. And the rest was history.

Voilà. Mon histoire était terminée. Ça avait été beaucoup plus facile que ce que je croyais, probablement à cause que je n'avais reçu aucune interruption. Je ne sais pas si je pouvais dire que le pire était derrière moi, parce que je me sentais toujours profondément mal à l'aise. Je n'éprouvais aucun sentiment de libération comme ce genre de confidence en apporte parfois.

Je me sentais d'autant plus mal à l'aise qu'il ne disait rien. Moi j'attendais, que ce soit un commentaire ou une question mais il ne se passait rien. Je viens de vous raconter un des épisodes les plus difficiles de ma vie et vous ne me dites rien?
-Vous voulez savoir autre chose?
-...C'est tout?
-Oui, c'est tout.
(Que voulez-vous qu'il y ait d'autre? C'est vrai, j'ai oublié l'épisode où votre frère a mis sa langue dans ma bouche, mais voulez-vous vraiment savoir ça?)

J'aurais tant aimé avoir son opinion, que ce soit en bien ou en mal, mais je n'ai rien eu du tout. Sans un mot, il s'est dirigé vers son armoire à alcool et il l'a vidée. Et quand je dis «vidée», c'est dans le sens de complètement vidée. Ses mains étaient tellement pleines qu'il ne pouvait pas ouvrir la porte. Je m'apprêtais à le faire pour lui quand il a décidé de la défoncer d'un coup de pied. Euh...Est-ce qu'il est fâché?

Je l'ai suivi discrètement, trop curieuse que j'étais. Je l'ai vu donner des ordres à Jacques, qui semblait plutôt perplexe. Après, il s'est rendu jusqu'à la proue et il a jeté ses bouteilles une à une par-dessus bord. What the hell...? Mais qu'est-ce qu'il fait et pourquoi? Il doit forcément y avoir un rapport avec ce que je lui ai dit. Il ne peut pas avoir soudainement décidé de se débarrasser de son alcool, alors qu'il carbure à ça. Mais quel lien et surtout, pourquoi y en a-t-il un? Qu'est-ce que je lui ai dit qui lui ait causé un si grand choc?

Pendant qu'il continuait à jeter ses bouteilles, des marins sont arrivés avec des tonneaux et des caisses, qui ont aussi été jetés par-dessus bord. Est-ce qu'ils étaient aussi remplis d'alcool? Si oui, c'était vraiment radical comme solution.

Quand il a eu fini, je l'ai vu parler à d'autres marins, avant de s'en retourner vers sa cabine. Je n'avais pas trop envie de provoquer un face-à-face alors je suis retournée l'attendre là-bas. J'espérais encore à ce moment-là recevoir une opinion, mais tout ce que j'ai eu ce fut un «ramasse tes affaires, des marins vont venir te chercher pour t'emmener dans une nouvelle cabine». Oh...

Ce n'étaitpas que j'étais déçue, mais je l'étais un peu. J'étais bien entendu heureuse d'avoir de nouveau un espace à moi, mais je commençais à m'habituer à la cabine de Lemleck et comme les choses semblaient reparties sur de nouvelles bases entre nous, ça ne me dérangeait plus autant d'y rester. Ce qui me dérangeait, c'était cette impression d'avoir été chassée. comme s'il ne voulait plus m'avoir sous les yeux. Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal? Ou dit quelque chose de mal? Peut-être pense-t-il que je lui ai menti?

Je n'ai pas pu lui demander le pourquoi du comment que moi et mes maigres possessions (quelques vêtements) étions emmenés dans notre nouvelle demeure, une petite cabine à proximité de celle du capitaine. Comme la dernière fois, les marins s'étaient fendus en quatre pour que ça ait l'air le plus accueillant possible. J'étais très touchée par leur gentillesse, mais pas assez pour chasser mon malaise. Pourquoi Lemleck avait-il jeté/fait jeter tout l'alcool qu'il y avait à bord et pourquoi m'avait-il chassée...?

dimanche 18 décembre 2011

Leçons de vie par le pirate

Le voyage est bien parti pour se dérouler exactement de la façon contraire à laquelle je pensais. J’étais persuadée que le détour par la baie verte (et tout le reste du trajet aussi) se passerait dans un silence quasi-total et une toute aussi belle ignorance. Il m’aurait ignorée royalement tout en me jetant des regards fâchés et en poussant des soupirs exaspérés… Je l’aurais ignoré tout autant, le regard perdu dans le vide, broyant du noir…

Mais pour ma plus grande surprise, c’est exactement l’inverse qui est en train de se produire. Je crois… que je suis même en train de retrouver espoir, en beaucoup de choses, et tout ça c’est grâce à lui!

Il m’a donné quelques très bonnes claques bien méritées pour que l’information se rende et soit absorbée, mais ça a fonctionné. Et ça n’a pas été aussi brutal que ce à quoi je me serais attendue de sa part. Il a même plutôt été… très correct, presque gentil même.

Il m’a d’abord permis de prendre un bain. Je me serais presqu’attendue à ce qu’il me laisse crottée de schmu de poisson. Il m’a même prêté une de ses chemises pour que je n’ais pas à porter mes vêtements mouillés (je n’ai légèrement plus rien à me mettre voyez-vous) et il a poussé la gentillesse jusqu’à me dire que je pouvais utiliser un de ses foulards comme ceinture.

Mais à ce moment-là, j’étais encore trop déprimée pour apprécier ses gestes.

Quand il m’a posé d’autres questions sur chez moi, je lui ai encore répondu du mieux que je le pouvais. Je n’avais plus d’énergie pour me disputer.

J’ai encore mis sa parole en doute, mais au lieu de recevoir des remontrances, j’ai eu droit à des explications très calmes. Ceux qu’il visait, c’était des membres de la famille royale elfique (un ou deux en particulier). Alors je suis en train de l’aider à préparer l’assassinat de deux membres de la famille royale? Super…

Il m’a dit que même s’il était prêt à tuer tous les elfes qui se mettraient en travers de son chemin, il n’avait pas de raison de tuer mes parents. Moi j’avais encore certains doutes. Alors il a fallu qu’il me pose la question qui tue (la 1ère) : si j’avais si peur qu’il les tue, pourquoi je l’avais sauvé sur l’île? Je lui ai donné une réponse honnête : je ne savais pas si j’avais voulu le sauver plus que j’avais voulu mourir.

Vient la 2e question qui tue : ce que j’avais perdu valait-il que mes parents voient leur enfant morte? Euh… Il a ajouté que rien ne valait ça. Ok, c’est à ce moment-ci que je commence à me sentir vraiment conne. Encore une fois, je n’ai pensé qu’à moi et pas à ce que mes décisions pouvaient faire aux autres.

La 3e question (ou plutôt remarque) qui tue était encore plus mortelle que les autres. Il m’a demandé ce que je voulais, quand tout serait terminé et la seule chose que j’ai trouvée à répondre ça a été de ne plus avoir mal. Il m’a répondu que je ne savais pas ce qu’était la vraie douleur, que j’étais trop jeune pour ça. Si un jour j’apprenais ce que c’était, nous en reparlerions. C’est maintenant que je me sens totalement vraiment conne. Je pense que ma vie est de la merde parce que j’ai perdu des gens que j’aimais, alors que lui a vu toute sa famille massacrée et il ne se plaint jamais.

C’était claque après claque, mais je les méritais tellement. Jamais je n’aurais cru recevoir des leçons de vie de sa part et surtout, des leçons de vie qui semblaient sincères. Je pense que je n’oserai plus jamais me plaindre en sa présence…

Ça va mieux maintenant. Ce n’est toujours pas la grande forme et je ne sais pas combien de temps ça va me durer, mais ça va quand même mieux. Et c’est grâce au pirate soûl, qui n’est pas soûl du tout en ce moment et c’est sans doute pourquoi je le trouve de si agréable compagnie.

Pour le reste du voyage, je devrai penser à un moyen de nous faire entrer à Idrazz’il et surtout de convaincre mes parents de ne pas donner l’alerte. Je veux faire confiance à Lemleck et croire que tout se passera bien, alors je vais faire ma part. D’ailleurs, lui a déjà fait un grand pas sur le chemin de la confiance. Il m’a dit que je pouvais sortir pour aller me chercher à manger. Une minute… J’ai bien entendu? Il me permet de sortir?

Il a ajouté que s’il voulait que je lui fasse confiance, il devait me faire confiance pour un minimum de choses. Wow… Je ne me serais jamais attendue à celle-là… Ni à ce qu’il me dise que nous allions descendre seuls tous les deux à la baie verte. Ce n’était certainement pas moi qui allais me plaindre, mais il n’avait pas peur que je foute de la merde comme d’habitude, même si ça n’avait jamais été voulu? Il m’a répondu qu’il ne trouvait pas que je foutais la merde tant que ça. Ça aussi ça a été agréable à entendre, mais ça n’était certainement pas ce que ses paroles et ses actions me faisaient croire…

Je savais qu’il détestait profondément les elfes, avant même qu’il me le dise. Alors je suis automatiquement jetée dans le même panier que les elfes qu’il hait?

J’ai eu droit à une petite consolation : il m’a dit que c’était dommage que je sois une elfe, autrement, j’aurais été intéressante. Vraiment? Alors il y aurait vraiment de l’espoir que nos relations s’améliorent? Les choses pourraient vraiment changer entre nous? Il m’a répondu qu’il ne fallait jamais dire jamais, mais qu’à chaque fois qu’il me regardait, il voyait une scène d’horreur. Muuu… Je suis censée overcomer ça comment moi? Après ce qu’il a vécu, comment je peux espérer lui faire voir autre chose en moi qu’une elfe? Je n’ai vraiment pas envie de payer pour ce que des crétins d’elfes lui ont fait. Je sens que cette missions-là va être particulièrement difficile…

La soirée s’est terminée aussi mal qu’elle avait bien commencé. Il y avait autre chose que Lemleck voulait savoir. J’ai voulu faire acte de bonne volonté et lui ai demandé ce qu’il désirait savoir. Link lui en aurait parlé? Mais qu’est-ce que j’ai dit à Link que Lemleck pourrait bien…?

Ce qui s’est passé chez son frère…? Seigneur… De tout ce qu’il pouvait demander, il fallait qu’il demande ça… Je pense que je préférais encore quand il me posait des questions sur mes parents et sur Idrazz’il…

Lemleck était catégorique : il voulait tout savoir, du moment où j’avais rencontré son frère jusqu’à ce que lui me trouve sur son bateau. Pourquoi? Vous ne m’avez jamais posé de questions là-dessus, alors pourquoi est-ce important de savoir ça maintenant?

Je le connaissais assez bien pour savoir qu’il ne lâcherait pas prise avant d’avoir su tout ce qu’il voulait savoir et lui me connaissais assez bien pour savoir qu’il devrait me tirer les vers du nez. Il m’a donc demandé de me nourrir, de me reposer et le lendemain, il me poserait ses questions.

Je ne me suis pas endormie avant longtemps. Je pensais à comment j’allais aborder le sujet. Votre frère m’a achetée pour que vous passiez votre rage sur moi? Et en passant, la première nuit, je me suis réveillée à moitié nue, votre frère couché sur moi en train de me tripoter… Je n’ai pas envie de raconter ça… Je n’ai pas envie de parler d’aucune de toutes les choses horribles que j’ai vécues dans cette maison… Mais je n’aurai pas le choix, alors je vais essayer de me conditionner en me disant que ça ne sera qu’un autre mauvais moment à passer…

18 octobre

Je me suis réveillée assez tard. Lemleck avait déjà commencé à boire. J’ai à peine touché à mon repas, tant mon estomac était noué.

Après le déjeuner/diner, il a sorti une bouteille de vin et a rempli deux coupes. Il m’en a tendu une. Oui, je sens que je vais en avoir besoin… beaucoup… À la fin de cette conversation, je vais être tellement soûle.

Ok, here I go…

dimanche 4 décembre 2011

Je me fous tellement de...

Il a le culot de me dire qu'il se sent insulté...

Pourquoi? Non, ne me répondez pas. Je m'en fous de toute façon...

Mais c'était vraiment la meilleure ça... Tu n'as rien sacrifié alors ne m'insulte pas!

Je dois commencer à rire quand? Depuis quand énoncer les faits c'est insulter quelqu'un?

Je te promets que vous aurez la vie sauve, mais je vais te tabasser à mort si tu ne me dis pas tout ce que je veux savoir. Et en passant, je vais aussi tabasser ton ami et ta famille. Et même si je viens de te dire que je vais tout détruire peu importe ce qu'il se passe, je te promets qu'il ne vous arrivera rien si tout ce passe comme je le veux.

Je peux rire maintenant? Suis-je seule à voir de l'inconsistance là-dedans?

Vous me prenez pour qui Lemleck? Je suis peut-être stupide, mais pas au point de croire une connerie pareille. Plus jamais je ne vous croirai, parce que votre parole ne vaut rien du tout...

J'aurais dû me suicider quand j'en avais encore l'occasion. Maintenant, il est trop tard et j'ai encore plus condamné tout le monde. Mais j'ai élargi leurs options! Ils ont maintenant le choix entre souffrir et souffrir encore plus!

Je ne voulais pas proposer ma voix en sacrifice, mais j'aurais dû le faire. Je n'ai plus envie de parler (tout ce que je dis passe dans du beurre) et chanter? Je chanterais pour quoi? Pour qui?

Je vais retrouver ma magie? Yééé... À quoi va-t-elle me servir à part à rien? Et mon violon? J'étais si heureuse à l'idée de le retrouver, mais aujourd'hui je n'ai plus aucune inspiration pour en jouer.

Vous avez dit que la seule chose en laquelle vous pouviez avoir confiance était l'amour que je portais aux miens? Mais je ne suis même pas certaine que ça sera assez.

Je suis si fatiguée d'avoir mal. Je voudrais juste que ça arrête...

mardi 8 novembre 2011

J'ai condamné tous ceux que j'aime

28 avril

J’ai fini par retrouver mes bonnes manières et je lui ai demandé son nom. Il n’avait pas de nom prononçable en commun alors j’ai choisi le pseudonyme qu’il préférait : Édouard.

Selon lui, les artefacts étaient permanents. Ils pouvaient donc être utilisés plusieurs fois, mais avaient besoin d’un temps de régénération varié. J’espérais que ça fonctionnerait pour ceux que je voulais utiliser pour Lemleck, parce que j’avais l’impression que j’allais devoir les tester pour que les marins me laissent faire.

J’ai raconté à Édouard mon aventure avec le prince Gnuhanhanhan. Il a été fasciné d’apprendre que j’avais mangé un bout de sa queue. Selon les légendes, manger une queue de triton rendait immortel. Quoi? Je ne veux pas être immortelle, moi! Ma vie est assez merdique comme ça. Je n’ai pas besoin en plus de souffrir pour l’éternité. Édouard était super motivé à tout apprendre de cette rencontre et me posait pleins de questions. Il voulait même rencontrer mon ami, mais je n’étais pas certaine que ça soit une bonne idée. C’était quand même un dragon…

Il est retourné se coucher dans le fond de sa grotte pour faire semblant de dormir. Les deux enfants sont revenus et m’ont ramenée dans leur chambre. Je leur ai dit que je n’avais pas parlé au dragon, parce qu’il dormait et je n’avais pas osé le déranger.

L’homme qui m’avait menacée est revenu me chercher et m’a emmenée dans une grande salle où j’ai retrouvé Jacques et les marins qui l’accompagnaient. Jacques a fait une face de «wtf, qu’est-ce que tu fais là». Nous nous inquiétions alors j’ai décidé de venir vous chercher? Très réussi, n’est-ce pas…?

Il y avait un homme plus vieux, avec les cheveux bleus et qui ressemblait à Édouard. Il a lancé une boîte à Jacques et lui a dit que c’était ça qu’ils étaient venus chercher et qu’ils lui disent que maintenant ils étaient quittes. Jacques a essayé de lui expliquer que j’appartenais à Lemleck et pour une fois, je me suis fait un plaisir de confirmer. Le vieux lui a répondu qu’il n’avait qu’à garder ce qui lui appartenait près de lui. Les marins n’ont donc pas eu le choix de partir sans moi. Et moi je n’avais plus d’autre choix que de devoir me débrouiller toute seule…

Le père et le frère d’Édouard ont commencé à dire qu’ils devraient me donner à manger à celle qui était malade, parce qu’ils ne perdraient rien. J’ai tenté de me marchander une dernière volonté : boire une tasse de thé, parce que c’était une tradition elfique. Ils ont refusé.

Après ça, le vieux est parti. Je m’avais aucune envie de me faire découper en morceau, alors j’ai essayé d’inonder le frère d’Édouard. J’ai bien réussi un petit «sploutch», mais j’ai surtout réussi à le mettre en colère, très en colère. Mais j’aurai au moins réussi à faire revenir le vieux, qui a demandé à son fils de partir, pour que je lui raconte comment j’avais réussi à «emprunter» un pouvoir.

J’ai dit que j’étais prête à tout dire, mais seulement si je pouvais boire du thé. J’ai insisté pour servir le thé moi-même, en redisant que c’était une tradition elfique. Pendant que je remplissais sa tasse, j’ai essayé d’être subtile et de verser une goutte de la fiole dedans.

Mais je n’ai pas réussi à être subtile. Dès que je lui ai donné sa tasse, il m’a dit qu’une tradition dragon était l’échange des tasses. Oups. Nous avons donc échangé nos tasses et j’ai fini par boire son thé. Heureusement, ça ne m’a pas affectée. Après ça, le vieux m’a demandé pourquoi j’avais essayé de l’empoisonner. Re-oups. J’ai essayé d’expliquer que je ne voulais empoisonner personne, que je voulais seulement partir d’ici, mais je crois que ce n’était pas un assez bon argument pour lui. J’ai fini par ne pas avoir le choix de sortir la fiole. Le vieux l’a sentie, puis il a dit que puisque je l’aimais tant que ça, j’allais passer l’éternité avec lui.

Je n’ai même pas eu le temps de tenter une pseudo-tentative de défense. Il m’a agrippée par les cheveux et m’a traînée jusqu’à la prison d’Édouard, où il m’a enfermée avec mon nouvel ami. Je me sentais vraiment fail. Édouard m’avait donné une tasse si simple à accomplir et je n’avais même pas été foutue de l’accomplir.

Il nous restait quand même un petit espoir. Si le neveu et la nièce d’Édouard n’avaient pas refermé le loquet de la trappe, je pourrais sortir et ouvrir la grande porte pour Édouard. J’ai eu de la chance et nous avons pu partir, mais notre sortie a été un peu précipitée par le unseen servant de son père. Je me suis donc accrochée au cou d’Édouard et il s’est transformé en dragon pour pouvoir s’envoler. Je n’avais jamais vu de dragon turquoise. En fait, je n’avais jamais vu d’autre dragon à part Beloss avant aujourd’hui. À part pour Édouard, je n’ai pas particulièrement apprécié l’expérience.

Une fois dans les airs, j’ai perdu prise et je suis tombée dans le vide. J’avais le choix entre devenir une crêpe ou essayer quelque chose de désespéré. J’ai donc décidé de tenter le tout pour le tout et j’ai créé une glissade de glace. Je ne pensais pas nécessairement à glisser jusqu’au sol, mais plutôt à amortir les dégâts de ma chute. Mais au lieu de descendre tranquillement, je me suis mise à aller de plus en plus vite et je me suis encore retrouvée dans le vide et puis il y a eu un boum et tout est devenu noir.

Je me suis réveillée sur quelque chose de gluant. Euh, je suis où? Après quelques tentatives de sortir et un examen rapide des lieux, j’ai compris que je devais être dans la gueule d’un dragon. J’espère que je ne suis pas dans la gueule d’un dragon qui me ramène sur l’île… Finalement, le dragon s’est posé sur l’eau et j’ai pu sortir. C’était Édouard. J’étais tellement heureuse que je l’ai huggé, ou plutôt j’ai huggé son museau. Après nous nous sommes mis en route, en tentant de rester le plus discrets possible.

1er mai (nuit)

Nous sommes finalement arrivés au bateau. Je me suis accrochée au cou d’Édouard et il a plongé dans l’eau pour ensuite ressortir haut dans les airs. Après nous avons marché sur l’air jusqu’à ce que nous atterrissions sur le pont.

J’ai entendu les marins parler : ils ne savaient plus quoi faire pour Lemleck. Moi si. Mais avant de créer un autre moment de panique, j’ai préféré les avertir que je n’avais pas été envoyée (encore) par le dieu de la mer pour les punir. Passé le moment d’étonnement, ils ont eu l’air relativement heureux (ou plutôt soulagés) de me voir, mais ils étaient assez méfiants envers Édouard. J’ai dû défendre mon compagnon en disant aux marins qu’il savait comment apprêter la plante et qu’il avait des artefacts de guérison.

Édouard a d’ailleurs ouvert son baluchon et gare à tous ceux qui auraient osé s’approcher de ses artefacts. Quand j’ai eu les artefacts de guérison, j’ai fait une petite démonstration : j’ai emprunté la dague d’un marin, je me suis fait une entaille dans la paume et j’ai mis la botte. Ma blessure s’est refermée presqu’aussitôt et ça a suffi à convaincre les marins. Ils n’ont pas voulu me laisser faire une deuxième démonstration…

Les places sur le bateau étant plutôt limitées, j’ai dit à Édouard qu’il pouvait squatter ma cabine. Moi je suis allée aider les marins à préparer une pâte avec la plante, qu’il faudrait mettre sur ses gencives et sur sa blessure. Un des marins a dit que je devrais m’occuper de ses gencives, puisque c’était sa bouche. Mais c’est parce que je ne suis pas… Et puis laissez tomber…

1er au 5 mai

J’ai passé presque tout mon temps à veiller sur Lemleck. Quand je n’étais pas avec lui, j’étais avec Édouard. Il avait pris la peine de traduire son nom en commun. Ça donnait Lloyd Maverick. Il préférait tout simplement Maverick alors c’est qui il est devenu.

Il m’a demandé d’intercéder auprès de Lemleck pour qu’il l’aide à se trouver un bateau. Ces quelques jours passés lui avaient donné la piqure de la navigation. Il était même prêt à échanger des artefacts pour avoir son bateau. Il avait déjà fait beaucoup pour moi, alors j’ai tout de suite dit oui.

5 mai (soir)

Lemleck s’est finalement réveillé. La première chose qu’il a dite fut «j’ai faim», alors j’ai couru aux cuisines pour lui rapporter quelque chose. Il n’a pas été très heureux de se rendre compte que c’était moi à ses côtés. Mais moi je voulais vraiment m’occuper de lui, alors je l’ai laissé me donner des ordres. Encore de la bouffe… Du vin l’elfe… Quand il a été rassasié, il m’a demandé de partir et d’aller chercher Jacques.

J’ai attendu de l’autre côté de la porte. Quand Jacques est sorti, il m’a patée. Euh, il faut que j’ais si peur que ça? Je suis entrée dans la cabine très à reculons. Qu’est-ce que j’ai encore fait de mal? Lemleck m’a demandé ce que je voulais. Mais rien du tout! Je ne veux rien et je n’ai pas de plan! Tout ce que je voulais, c’était le sauver. Quand il m’a demandé pourquoi, j’ai fini par lui dire que malgré son caractère de merde et ses méthodes que je n’approuvais pas, je ne pensais pas qu’il soit quelqu’un de mauvais. Ça ne lui a pas plu, parce qu’il m’a crié de sortir, juste avant de crier à Jacques de lui apporter du rhum.

Lemleck criait très fort et comme le sujet de conversation était moi, je me suis permis d’écouter.

-Elle a fait un pacte avec un dragon?!

-Mais capitaine, c’était pour vous sauver…

-Pourquoi il a fallu que je tombe sur la seule elfe au monde qui ne soit pas mauvaise?!

Oh ouais! Il a reconnu que je n’étais pas mauvaise! Peut-être pas devant moi, mais il l’a reconnu quand même! Oh ouais! ♫Happy de la vie…♫

6 mai (nuit)

Vers minuit et demi, un marin est venu me réveiller. Le capitaine voulait me voir. Mais qu’est-ce que Lemleck pouvait bien me vouloir à cette heure-ci?

Je l’ai retrouvé complètement soûl.

-Qu’est-ce que tu veux?

-Mais je ne veux rien…

-Je n’aurais pas de dette envers une elfe. Qu’est-ce que tu veux?

-…M’en aller?

-…

-D’accord, pas ça… M’enlever les bracelets?

-On va essayer de trouver un moyen.

(Ce n’est pas ce que j’aurais voulu, mais c’était quand même un début.)

Quand je suis sortie, je l’ai entendu renifler. On aurait même dit… qu’il pleurait. Il ne peut pas pleurer à cause de moi… Il doit penser à sa famille et ça le rend triste.

-Lemleck, ça va?

-Oui!

-…Vous êtes sûr?

-Va-t-en!

-Ok…

Vu la quantité d’alcool qu’il avait dans le sang, j’ai préféré ne pas insister et je suis retournée me coucher.

6 mai-10 octobre

J’ai saisi toutes les occasions possibles pour ne pas m’ennuyer. J’ai discuté le plus souvent possible avec Maverick. Il était très cultivé et m’en a appris beaucoup. Et puis passer du temps avec lui était toujours un plaisir. J’ai aussi continué à raccommoder les vêtements des marins. J’ai même essayé de me rendre utile aux cuisines. Mais dès que je n’étais plus occupée, je me rappelais à quel point j’étais seule…

Mine de rien, le temps a passé tellement rapidement qu’un matin je me suis réveillée et c’était ma fête. Yééé, un anniversaire de plus. La perspective de vieillir ne me faisait pas peur, mais c’était les circonstances qui ne m’enchantaient pas. La dernière fois, j’étais avec Uvi dans Hopesor. Il m’avait fait un très beau cadeau, que j’avais perdu, tout comme son livre de musique… Et aujourd’hui, je me sentais très seule. Bien sûr Maverick était très gentil et les marins étaient tous très sympathiques, mais je ne me sentais proche d’aucun.

Ma déprime n’est pas passée inaperçue aux yeux de Maverick. J’ai fini par lui dire pourquoi je me sentais mal et le soir, j’ai eu droit à une petite fête de la part des marins. Il y avait un gâteau (Maverick a tenu à me dire que les trucs mignons sur le gâteau venaient de lui) et de la musique aussi. Pendant quelques courts instants, j’ai pu oublier où je me trouvais…

Puis il a fallu que Lemleck sorte dehors, pas content, demandant des explications sur tout le bruit que nous faisions. Un marin a dit que c’était la fête de la petite choupinette, mais ça n’était pas un argument suffisant pour Lemleck. J’aurais voulu qu’il reparte sans rien dire, but that was wishful thinking. The party was already over.

Maverick a essayé de prendre ma défense, disant à Lemleck qu’il avait été méchant, mais il s’est fait répondre que s’il voulait son bateau, il devait la fermer. Alors lui va avoir son bateau et moi je n’ai droit à rien? Merci Lemleck, vous avez gâché mon anniversaire. Comme le dernier, j’en garderai un souvenir très doux-amer. Je n’ai plus la mélodie, ni même mon violon pour la pratiquer de mémoire. Ça fait maintenant 5 mois qu’Uvi m’avait demandé d’aller chercher Mill. Dieu seul sait ce qui leur est arrivé à tous les deux. This just sucks…

Malgré ça, j’ai quand même continué à achaler Lemleck pour qu’il me donne quelque chose à faire pour lui et me jeter moi-même par-dessus bord n’était pas une option. À chaque fois il refusait et à chaque fois je réessayais. Il a fini par me dire que j’étais plus stupide que j’en avais l’air, parce que je ne connaissais pas mon rôle. Mon rôle? Convaincre mes parents d’organiser une grande réception, mais mis à part ça… Et non, je ne vous demande pas d’être reconnaissant envers moi. Je voudrais seulement me rendre utile à quelque chose parce que je n’ai plus rien à faire. Écrire la lettre que vous m’aviez demandé d’écrire? Non, je ne l’ai pas encore fait.

À l’entendre, je commençais presqu’à avoir peur qu’il me fasse du mal si je n’écrivais pas cette foutue lettre. Alors j’ai fini par céder. De toute façon, je n’avais plus trop le choix. Des marins venaient me voir à intervalles réguliers de la part du capitaine à ce propos et je n’avais pas envie qu’un jour ma porte s’ouvre sur Lemleck.

Après la lettre, Lemleck est venu me voir pour que je lui dise tout ce que je savais sur mon père. Euh, je ne suis pas sûre que… J’ai été un peu trop hésitante à son goût. Il m’a menacée d’«oublier» que j’étais une fille. En gros, ça voulait dire que si je ne lui disais pas absolument tout, il allait me tabasser, voire me torturer et si je continuais à m’obstiner, il me tuerait sans aucun doute. Il était tellement en colère que j’ai pris peur, enfin plus que d’habitude quand il était dans cet état. Je n’avais pas de doute qu’il était sérieux et je n’avais pas envie de vérifier s’il ne l’était pas.

J’ai cédé…

À ma plus grande honte, j’ai cédé…

Je lui ai dit tout ce qu’il voulait savoir…

Il m’a posé pleins de questions sur des choses très précises auxquelles je n’aurais jamais pensées. J’ai répondu…

Il est revenu à quelques reprises pour me demander des précisions. J’ai encore répondu…

À la fin, il m’a dit merci. Le pire, c’était qu’il n’avait pas l’air de se moquer de moi. Il avait l’air de tout simplement et sincèrement me remercier de lui avoir tout balancé. Je lui ai marmonné un «de rien».

J’aurais préféré qu’il parte sans un mot. Pourquoi me remerciez-vous de toute façon? De vous avoir aidé malgré moi à vous venger? De vous avoir dit tout ce que vous aviez besoin de savoir?

Il avait raison : j’ai peur de la mort. J’en ai même une peur horrible. Malgré tout ce que je passe mon temps à me dire, je ne veux pas mourir. J’ai tellement atrocement peur de la souffrance et de la mort que je cède à la première menace. J’ai été très égoïste. Je n’ai pensé qu’à moi et ce n’est que maintenant que je réalise les conséquences de mes gestes. J’ai probablement condamné tous ceux que j’aime…

Il a fait venir des marins dans sa cabine, des marins qui ne m’avaient jamais parlé et qui ne s’étaient pas joints à ma fête, des extrémistes anti-elfe comme Lemleck. Je ne sais pas ce qu’il leur a dit, mais ils sont tous ressortis de là avec un sourire satisfait sur le visage. Il y en a même un qui m’a jeté un petit sourire en coin qui ne me disait rien qui vaille. J’ai vraiment condamné tous ceux que j’aime… Lemleck est prêt à tout pour pouvoir se venger, alors voir qu’il va se gêner pour tuer ceux qui seront sur son chemin. S’il pense que ça peut faire avancer sa cause, il ne se gênera certainement pas non plus pour ordonner à ses marins de tuer des gens, aussi innocents soient-ils. Même les marins les plus sympathiques : si Lemleck leur donne un ordre de ce genre, ils n’auront pas le choix d’obéir. Ils ont beau être super gentils, ultimement ils seront toujours du côté de Lemleck. Je ne dois donc plus les compter du mien.

I was a coward and I was weak. Don’t thank me for that.

vendredi 21 octobre 2011

Je ne suis pas sa maîtresse...

20 avril

Quand j’ai commencé à me réveiller, je me suis sentie extrêmement bien, au chaud. Je me suis donc rapprochée de ma source de confort et de chaleur. Je suis bien… Mais c’est quoi ce bruit…? Ça ressemble à… un battement de cœur? J’ai ouvert les yeux et j’ai vu un torse nu, auquel était rattachée la tête de Lemleck. Il avait un bras passé autour de moi et moi (qui était complètement nue à l’exception de ma culotte) j’étais collée contre lui, je me raccrochais même presqu’à lui. Mais qu’est-ce que je fais collée contre lui? Et pourquoi je suis toute nue?

J’étais horriblement gênée alors j’ai tenté une sortie, mais il a resserré son bras contre moi. Je ne pense pas que j’aurais pu être plus rouge. Non seulement il m’avait vue nue pour une deuxième fois, mais en plus, je m’étais collée contre lui! À quoi j’avais pu penser?

J’ai réussi à «m’enfuir» à mon deuxième essai. J’ai repéré mes vêtements et j’ai essayé de m’habiller le plus rapidement et le plus silencieusement possible, ce qui n’a pas été évident étant donné que j’avais encore des étourdissements.

J’ai pu me rendre jusqu’à la porte, mais elle a craqué tellement fort quand je l’ai ouverte, que Lemleck s’est réveillé. Avant qu’il ne décide de me chialer après, je lui ai demandé si je pouvais retourner dans ma cabine. Toujours pas de porte? La cale alors, ça dérangerait? Je pouvais bien faire ce que je voulais, mais je rattrapais la fièvre, il laisserait n’importe lequel de ses marins dormir avec moi. Ça c’était vraiment chien comme argument, mais je suppose que Lemleck était mieux que n’importe qui. Au moins, je savais que lui n’essaierait pas de me tripoter.

Je suis allée sagement m’assoir. Il m’a demandé d’aller lui chercher une bouteille de vin dans l’armoire. Je n’aimais pas quand il était soûl (son caractère était encore plus merdique), mais j’ai jugé plus sage de lui obéir.

Il m’a finalement posé la question que je redoutais : qu’est-ce qui m’étais arrivé. Quand je lui ai raconté qu’une sirène m’avait sauvée, il a eu l’air de croire que j’étais complètement folle. Les sirènes détruisaient les bateaux, alors pourquoi l’une d’entre elles m’aurait sauvée? Est-ce qu’elle m’avait ramenée sur le bateau pour le couler? Pour que je séduise les marins? C’était pour ça que je l’avais collé?

Quoi? Non! J’étais inconsciente! Jamais je ne… Jamais je ne ferais… Jamais je ne ferais… peu importe ce que vous sous-entendez que j’avais en tête de faire! Je n’agis pas comme ça normalement! Je devais être encore plus rouge que lorsque je me suis réveillée. J’espère qu’il ne l’a pas remarqué. Des plans pour que je me fasse accuser de faire semblant d’être gênée pour qu’il me prenne en pitié…

Il m’a dit que si je n’avais pas déliré, il aurait cru que j’avais faké ma fièvre. Mais comment est-ce qu’on peut faké de…? Une minute… J’ai déliré? Oh, oh… Qu’est-ce que j’ai dit? Il m’a répondu que c’était embarrassant, alors j’ai préféré ne pas insister. J’étais très curieuse de savoir ce que j’avais bien pu dire qui était embarrassant, mais je ne tenais pas tant que ça à mourir d’un coup de chaleur.

Et est-ce que je devais vraiment être surprise qu’il me considère encore comme responsable de tout? Alors la tempête aussi est de ma faute? Oui? C’est ça… J’ai prié les dieux pour qu’ils envoient une tempête pour que le bateau coule et que tout le monde, y compris moi-même, meure. Malheureusement, ils ne m’ont écoutée qu’à moitié. Je me demande s’il arrêtera un jour de m’en vouloir. Pourquoi est-ce que je continue d’espérer qu’il change d’avis à mon sujet? Je dois vraiment être complètement folle…

Je lui ai raconté rapidement mes deux rencontres avec le prince. Il pensait déjà que j’étais folle, alors j’ai laissé ça vague : temple de l’eau… gars-sirène super sympathique… Il m’a appris qu’un gars-sirène/sirois s’appelait en fait un triton. Est-ce que c’est moi ou est-ce qu’il vient de s’empêcher de rire…? Je lui ai apporté de la morphine pour qu’il la mélange avec son vin et il a fini par s’endormir.

J’ai déposé la bouteille sur la table de chevet et je suis allée m’assoir à la table. Des légers coups ont été frappés à la porte, comme si on voulait éviter de déranger. Quand j’ai ouvert la porte, le marin qui était derrière s’est caché les yeux avec une main et il m’a demandé si j’étais décente. Euh… Pourquoi je ne le serais pas? Quel genre de réputation les elfes ont-elles sur ce bateau? Rassuré sur ma décence, il a ouvert les yeux et a proposé de m’apporter à manger.

Quand j’ai eu fini de manger, j’ai pris un livre qui s’intitulait «La Dynastie des Elfes Bleus». Lemleck ne les portait pas dans son cœur et j’avais envie de découvrir pourquoi. J’ai lu quelques chapitres quand j’ai entendu Lemleck gémir. Quand je l’ai regardé, j’ai vu qu’il suait à grosses gouttes. J’aurais pu ne pas m’en soucier, mais j’ai été incapable de le laisser souffrir. J’ai réussi à remplir un bol avec mon eau. Je voulais lui éponger le front avec une débarbouillette, mais il a attrapé mon poignet avant que je ne le touche. J’ai tenu à préciser que je n’essayais pas de le tuer. Avec lui, on ne sait jamais. Il serait bien capable de penser que j’essayais de l’étouffer avec la débarbouillette.

Il m’a demandé d’aller chercher un certain Jacques. Jacques était le second à la place de Link et je l’ai trouvé à côté du marin qui tenait la barre. Je l’ai averti de la demande du capitaine. Je crois qu’il avait peur de me laisser seule avec l’autre (un autre qui pense que je complote…), mais le marin me connaissait et il l’a rassuré en lui disant «Mais non, c’est juste Leila»!

Le marin sympathique a commencé à faire des allusions que je ne comprenais pas. Il a dit que j’étais une femme courageuse, parce que le capitaine avait tout un caractère. Oui, il a un caractère de merde, mais quel est le rapport? Comment ça, «moi et le capitaine»? Oh seigneur… Les marins pensent que je suis la maîtresse de Lemleck... C’est pour ça que l’autre marin m’avait demandé si j’étais décente. Mais même si j’étais la maîtresse de Lemleck, pourquoi j’aurais ouvert la porte toute nue? Ça n’avait pas l’air de déranger le marin sympathique que la maîtresse de son capitaine soit une elfe, au contraire. Il a dit qu’il (et c’est le cas de tout le monde je crois) était content que le capitaine soit ouvert à ça. Non, il n’est pas devenu pro-elfe. Je voudrais bien qu’il le devienne ou en tout cas qu’il devienne pro-moi, mais jamais dans ce sens-là…

J’ai essayé de lui dire que je n’étais pas sa maîtresse, mais j’étais tellement embarrassée du malentendu que le marin a dû croire que j’étais seulement gênée d’en parler. Il m’a assurée que ceux qui me connaissaient déjà, avaient fait comprendre aux autres de faire comme si de rien était. Merci de votre discrétion… Il m’a dit de ne pas m’en faire pour les autres marins : dès que je me mettrais à réparer leurs fonds de culottes et leurs chemises… Alors dès que je vais recommencer à jouer à la couturière, leur opinion de la maîtresse de leur capitaine va devenir positive? Wouhou. J’ai hâte de voir la tête de Lemleck quand il le saura. Lemleck, vous savez que tout le monde sur le bateau pense que je suis votre maîtresse? Je ne suis pas certaine d’avoir envie de lui dire : soit c’est moi qu’il va tuer, soit ce sera un (ou plusieurs) marin.

J’ai demandé au marin sympathique s’il restait des caisses de vêtements dans la cale. Pas que je n’avais pas envie de porter les mêmes vêtements jusqu’à notre arrivée à Idraz’ill, mais… Il a donc demandé à un petit matelot qui s’appelait Tim de m’accompagner à la cale, pour que je ne tombe pas. Non, il ne faudrait pas qu’il arrive quoi que ce soit à la maîtresse du capitaine…

Tout ce que Tim et moi avons trouvé ce fut trois petits bouts de tissus. Il a suggéré de m’en faire une jupe, parce que les marins aimeraient ça. Je crois que je préfère encore garder ce que j’ai sur le dos. Tim m’a dit que je n’aurais qu’à les lancer dans le corridor et ils s’en occuperaient. Et moi je reste toute nue en attendant? Je crois que Lemleck va devoir s’habituer à ce que je lui emprunte des chemises et/ou des redingotes...

Jacques est sorti de la cabine quand je suis remontée. Il était blanc comme un drap et il suait. Je me suis tout de suite inquiétée. Je lui ai demandé si tout allait bien, mais il ne m’a pas répondu et il a continué son chemin. J’ai cogné avant de retourner dans la cabine. Devant le pas-de-réponse, je suis entrée. Lemleck dormait et il suait toujours, mais moins.

Je me suis assise à la table et j’ai continué ma lecture, lui jetant de fréquents regards. J’ai senti le bateau qui changeait de direction. Est-ce que nous retournons chez Lemleck?

Au bout de quelques heures, quand je l’ai vu tâtonner à la recherche de quel que chose. J’ai tout de suite su qu’il cherchait la bouteille de vin, alors je la lui ai mise dans les mains et je lui ai soulevé la tête pour l’aider à boire. Il s’est rendormi tout de suite après.

20 au 28 avril

Pendant 8 jours, ma principale occupation a été de m’occuper de Lemleck. Je ne faisais pas grand-chose, mais c’était quand même tout ce que je pouvais faire : le faire boire quand il en avait besoin, lui éponger le front… J’étais habituée de le voir fort, en pleine possession de ses moyens, avec son caractère de merde alors le voir dans un état qui ne lui permettait même pas de me lancer des méchancetés m’inquiétait beaucoup. Ce n’est pas que je tenais à me faire maltraiter. Je voulais seulement qu’il aille mieux.

Quelque chose doit clocher chez moi. Je m’inquiète du sort de l’homme qui m’a prise en otage et je veille même sur lui. Et j’aimerais vraiment pouvoir en faire plus pour l’aider. Mais voilà tout, je suis persuadée qu’il est un homme bien. Est-ce que je vois du bien là où il n’y en a pas ou y en a-t-il vraiment? Je crois qu’il y en a, mais est-ce que j’arriverai un jour à le faire ressortir? Et est-ce que j’arriverai un jour à lui faire voir autre chose en moi que ma partie elfe?

À quelques reprises, je me suis fait jeter dehors pendant que Jacques, Rodrigue et un autre marin entraient. Après leur départ, Lemleck était lavé et les draps changés. Mais l’état de Lemleck ne s’améliorait pas et personne ne me disait jamais rien, alors j’ai fini par me lasser et j’ai pratiquement supplié Rodrigue de me donner une explication. Ma question l’a surprise. Je dormais avec lui, mais je n’avais rien vu? C’est parce que je ne dors pas avec lui… Enfin oui, mais pas comme ça…

Avant de me montrer ce que j’insistais tant pour voir, Rodrigue m’a demandé si j’avais le cœur bien accroché. Ensuite j’ai vu et j’ai failli être malade. La blessure sur la jambe de Lemleck commençait à s’infecter et en plus, les os s’étaient ressoudés dans un angle pas très naturel. Rodrigue a tenu à me rassurer : personne ne m’en voulait. Euh, pourquoi quelqu’un m’en voudrait-il? Qu’est-ce qui s’est passé?

J’ai tellement insisté (j’étais même sur le point de le menacer de le frapper s’il ne me disait pas la vérité) que Rodrigue m’a tout dit : quand j’étais tombée à l’eau, Lemleck avait tenté de me secourir. Il s’est blessé pour me sauver? Oh mon dieu… Il avait raison… Tout est de ma faute… Il est peut-être en train de mourir à cause de moi… Pourquoi avez-vous fait quelque chose comme ça pour moi? Idiot! Pourquoi? Pourquoi? J’étais tellement hors de moi que je l’aurais frappé s’il n’avait pas été inconscient. Maintenant j’ai une raison de plus de vouloir le sauver.

Le 28 au matin, nous sommes arrivés à l’ile aux dragons. Jacques et quelques autres marins sont descendus pour chercher une plante aux vertus miraculeuses : la plante du dragon. Rodrigue a été promu au rang de second et il a reçu pour instructions de lever l’ancre s’ils ne revenaient au bout de quelques heures.

Quelques heures plus tard, il n’y avait toujours aucun signe de vie, mais Rodrigue ne voulait pas partir. Il y avait un marin sur le pont qui était d’un autre avis. Je ne pouvais pas lui en vouloir d’avoir peur, mais je pouvais lui en vouloir de toutes les niaiseries qu’il disait : Il faut partir! Ils sont sans doute morts! Il faudrait partir! J’ai fini par en avoir assez et je l’ai giflé. Espèce d’idiot! Tu penses vraiment que ça aide? Nous avons besoin de la plante et nous ne pouvons pas nous permettre de repartir pour une ville où il y aurait un chirurgien! Si tu n’arrêtes pas, je vais finir par t’assommer!

Rodrigue a éclaté de rire. Quoi? Jamais il n’aurait imaginé qu’une elfe puisse avoir un esprit de pirate. Vouloir assommer des gens qui nous exaspèrent c’est avoir un esprit de pirate? J’en ai un depuis longtemps alors… Il m’a dit qu’il comprenait pourquoi je plaisais au capitaine. Non, je ne lui plais pas… Et je ne suis pas sa maîtresse… Quand l’idiot a recommencé à paniquer, je suis allée vers lui, bien décidée à lui en coller une autre. Il a réussi à m’arrêter, mais je me suis vengée en lui donnant un bon coup de pied dans le tibia. J’ai eu droit à quelques insultes et nous avons été séparés avant que le deuxième coup de pied n’arrive. Rodrigue a ordonné qu’il soit enfermé dans la cale.

Moi j’étais plus que prête à aller sur l’île, mais pas sans arme. Je voulais avoir un minimum de chance de m’en sortir. Rodrigue m’a donné une grosse dague et aussi (et surtout) un petit pistolet à deux coups qui appartenait à Lemleck. Selon lui, Lemleck aurait voulu que je l’ais, pour me porter chance. Non, je ne crois pas et s’il apprend un jour que je l’ai eu en ma possession, il pensera que je l’ai volé. Trois braves marins ont finalement accepté de m’accompagner.

Sur l’ile, j’ai commencé à entendre des voix. Il y en avait une qui disait qu’elle voulait les têtes en premier. Euh, il y a des trucs sur cette ile qui, non seulement parlent, mais qui parlent de manger nos têtes. Restons sur nos gardes… Un peu après, nous avons tous entendu une petite fille crier. J’étais certaine que c’était un piège, mais juste au cas où, nous nous sommes approchés.

Vous vous souvenez à quel point je suis bonne pour me mêler de ce qui ne me regarde pas? Bien c’est ça… La petite fille essayait d’échapper à un petit dragon alors nous (au moins je n’ai pas été seule cette fois) avons décidé de l’aider. Mais la petite fille était aussi un dragon et les deux n’ont pas été très contents que nous les dérangions.

J’ai fini par perdre les marins de vue, étant occupée à essayer de ne pas me faire péter la gueule, ce qui est quand même arrivé. Je me suis retrouvée dans la gueule de la petite fille. Ow, mais heureusement pour moi, je n’étais pas de son goût. Je sentais (et goûtais aussi je crois) le poisson. Je leur ai causé beaucoup d’étonnement, parce que j’avais des pouvoirs, mais surtout parce que je parlais. Alors votre nourriture ne parle pas normalement? Est-ce que j’ai vraiment envie de savoir pourquoi?

Comme si deux enfants dragons n’étaient pas assez, il a fallu que le père de un et la mère de l’autre arrivent. Je vais tellement mourir…

Eux aussi trouvaient que je sentais le poisson. Et ils se sont dit que si rien d’autre ne fonctionnait, donner l’elfe étrange à manger à leur mère malade serait une bonne idée. Muuu… Je vais me faire dévorer par un dragon…

Encore une fois, je me suis laissé avoir par un argument de poids. L’homme m’a dit qu’il ne pouvait pas me manger, mais qu’il pourrait me briser en deux si je n’étais pas sage. Je vais être très, très sage, promis! Il s’est transformé en dragon et il m’a agrippé par le collet avant de s’envoler. Je ne sais pas ce qui est arrivé aux marins qui m’accompagnaient…

Arrivée chez eux, j’ai appris que leur père était en train de discuter (Discuter en dragon, c’est rugir?) avec des humains. J’espérais de tout mon cœur qu’il s’agisse de Jacques et des autres marins. J’aurais bien voulu aller parler au chef de clan, mais j’ai été confiée aux bons soins des deux enfants. Ma surveillance n’a pas duré longtemps. Ils ont entendu un gros rugissement et ils ont décidé d’aller jeter un coup d’œil. Quant à moi, ils ont décidé d’aller m’enfermer avec «lui», peu importe de qui il s’agissait. Ils ont écrit quelque chose sur un écriteau qu’ils ont passé autour de mon cou et ils m’ont emmenée jusqu’à une grande porte, à côté de laquelle il y avait une petite trappe. J’ai bien essayé de résister, mais un pas-de-force d’elfe ne fait pas le poids contre deux dragons, même enfants.

Ils m’ont fait passer de l’autre côté de la trappe et ils sont partis. J’ai commencé à entendre du bruit. Muuu… Je vais me faire dévorer par un dragon… J’ai placé mon écriteau bien en évidence devant moi et j’ai supplié peu importe ce qu’il y avait dans l’ombre de ne pas me manger. Je savais que je sonnais très désespérée, mais au diable la fierté quand c’est ma vie qui est en jeu.

L’homme que j’ai vu apparaître était en fait plutôt sympathique. Il m’a assuré qu’il n’allait pas me manger. Je restais méfiante, mais il m’a posé une excellente question, qui m’a détendue un peu : si je m’apercevais que ma salade pouvait parler, est-ce que je continuerais à en manger? Ok, vu comme ça… Son goût à lui était plutôt les gâteaux. C’est pour ça qu’il était enfermé? Parce qu’il était différent…?

Je lui ai parlé de ce que moi et mes compagnons étions venus chercher ici. Il m’a dit que la plante n’était pas suffisante. Mais nous n’avons rien d’autre… Lucky me, plus loin dans sa «cellule», il y avait un tas d’artefacts (mon nouvel ami en était un collectionneur). Nous avons cherché quelque chose qui pourrait aider Lemleck et nous avons trouvé une botte (qui faisait guérir plus vite) et un bracer (qui créait une aura de guérison).

Sans rien exiger en retour, il me les a donnés, en signe de bonne foi. Il m’a seulement demandé de penser à lui quand je partirais. Moi je n’avais aucune intention de partir sans les marins, mais il m’a dit qu’il nous aiderait, moi et mes compagnons, à sortir d’ici. Le seul hic, c’était que nous allions devoir mettre son père (et son frère et sa sœur) hors d’état de nuire. Il m’a donné une petite fiole : une goutte dans la théière et ils s’endormiraient. C’était sans doute ma seule chance.

Après j’ai pris le thé avec lui. Ce n’était pas un thé raffiné comme ceux auxquels j’étais habituée. Il l’avait fabriqué lui-même. Le goût était plutôt… spécial, mais il avait tellement l’air motivé à me le faire goûter que je lui ai dit qu’il était bon. Ça a eu l’air de lui faire encore plus plaisir.


Soupir…


Est-ce que je suis sérieusement en train de penser à faire un pacte avec un dragon…?