vendredi 24 février 2012

Je ne suis pas son alliée...

Lemleck est rapidement passé à l’action. Malgré ses mains attachées dans son dos, il se débrouillait très bien. Mes liens à moi se sont défaits tous seuls (je ne devais pas être attachée solidement) et j’ai pu repousser mon soldat avec de l’eau. C’est aussi ce que j’ai utilisé contre le crétin d’arcadien, mais quand ça n’a pas arrêté de failer, j’ai décidé de tenter un flare. Ça a eu l’air de fonctionner. Oh ouais…

Lemleck m’a demandé de l’assommer. Je ne demande qu’à vous obéir moi, mais avec quoi voulez-vous que je l’assomme? Il y a bien cet arc qui traîne par terre… Il s’est avéré qu’assommer quelqu’un avec un arc n’était pas évident du tout. Après ça, j’ai bien réussi à le repousser épiquement avec de l’eau, mais il était toujours debout. Mais qu’est-ce que ça va prendre pour que tu tombes inconscient? Foutu arcadien de…

Les autres soldats ne s’en étaient pas bien tirés contre Lemleck. Ils étaient tous légèrement très morts, à part un qui était piné au sol avec une épée. Quand j’ai vu Lemleck s’avancer vers lui, j’étais certaine qu’il allait le tuer. Je sais bien que le crétin d’arcadien m’avait demandé d’empêcher Lemleck de tuer tout le monde, mais il serait beaucoup plus avantageux pour Lemleck et moi s’il ne restait plus aucun témoin gênant.

Finalement, Lemleck ne l’a pas tué. Il a simplement enlevé l’épée qu’il avait en travers du corps et il l’a assommé avec. Il a aussi essayé d’assommer le demi-elfe, mais ça n’a pas fonctionné et il a laissé tomber. Mais pourquoi le demi-elfe est ici au juste? Comment pouvons-nous être certains qu’il ne nous trahira pas?

Lemleck m’a agrippée par la main et nous sommes partis en courant, le crétin d’arcadien sur nos talons. Mais pourquoi faut-il que tu nous suives? Peu importe. Nous pourrons toujours nous en débarrasser plus tard.

Nous nous sommes arrêtés au bout de plusieurs heures de course. Il y avait une grange et nous sommes allés nous y reposer. Je ne m’étais pas plainte une seule fois, mais Lemleck avait quand même deviné que j’étais épuisée. C’était si évident que ça?

Le crétin d’arcadien (Lemleck l’a appelé lieutenant. Je suppose que c’est bon à savoir, si jamais j’avais un jour à m’adresser à lui) avait l’air décidé à se reposer aussi. Lemleck lui a dit qu’il était confiant, qu’il ne devait pas avoir peur de se faire tuer durant son sommeil. L’autre lui a répondu que je l’aiderais sans doute à s’en prendre à lui. Ça c’était bien vrai. Je serais beaucoup plus heureuse si vous n’étiez plus dans les parages.

Lemleck semblait au contraire croire que j’étais l’alliée du crétin et il n’arrêtait pas de me jeter des regards louches. Mais je ne suis pas son alliée… La lumière? C’était pour l’aveugler, pas pour donner l’alerte. Ce n’était pas ce que vous vouliez, que je l’aveugle? Je ne suis pas son alliée… Es-tu en train de me dire que tu m’as suivi en toute connaissance de cause? Oui. Tu dois être une excellente menteuse ou alors tu es complètement folle. Je suis complètement folle dans ce cas. Jamais je ne serai son alliée, mais je ne pourrai jamais vous expliquer pourquoi.

Nous allions rester ici une heure et Lemleck m’a ordonné de dormir. Je n’avais ni la force ni l’envie de le contredire alors je me suis couchée. Muuu… Quand Lemleck m’a réveillée, il a dit qu’il avait changé d’avis quant au fait que je sois portée durant le trajet. Euh… C’est parce que je n’ai aucune envie d’être portée par lui. Je préfère encore me retrouver avec les pieds en sang. Oh, par vous? Pas de problème alors. Lemleck s’est accroupi et je suis grimpée sur son dos. Espérons seulement qu’il n’y aura pas de coup de vent durant le trajet…

12 novembre

Nous avons voyagé durant quelques jours. J’ai fini par me décider à demander d’avoir des nouveaux vêtements, si jamais nous trouvions un village. Ce n’était pas de porter la robe qui me rendait mal à l’aise, mais le fait de ne rien porter en-dessous. J’espère que je n’aurai pas à aborder cet aspect du sujet…

Nous avons fini par arriver en vue d’un village, d’arcadiens en plus. Génial. Je crois que je vais devoir apprendre à me passer de sous-vêtements…

lundi 20 février 2012

Crétin d'arcadien...

5 novembre

Lemleck a donné des papiers d’identité à l’officier en charge. Il était le capitaine Rodrigue, moi j’étais Leila of the Blue Plains («of the Blue Plains»?) et il allait me reconduire chez moi. Jusque-là, tout allait bien. Les papiers étaient en règle, nous avions poliment décliné l’offre de l’officier de nous fournir une escorte… Puis il a fallu que ce crétin d’arcadien demande à Lemleck d’enlever son chapeau et qu’il le reconnaisse. Nous sommes maudits, c’est ça? Il y avait une chance sur combien de centaines que nous tombions sur quelqu’un qui le connaissait?

Lemleck m’a pris en otage et je me suis fait un plaisir de jouer à la pauvre victime effrayée. Dans un monde idéal, le méchant criminel se serait enfui avec sa pauvre otage, mais il a fallu que le crétin en chef désarme Lemleck. Mais va te faire voir! Tu ne pouvais pas te contenter de nous laisser partir?

J’ai atterri dans les bras d’un arcadien et pendant que Lemleck se battait, j’ai tenté de l’aider discrètement avec de l’eau. Mais je suis vraiment nulle! Ce n’est pas le sol qu’il faut viser, c’est les arcadiens! Le crétin en chef a fini par se rendre compte que j’essayais d’aider Lemleck et il a demandé à l’arcadien qui me tenait de s’éloigner avec moi. Tu penses vraiment que la distance va m’empêcher de l’aider?

Finalement, Lemleck s’est fait assommer et nous avons été emmenés au camp des arcadiens. Je me suis retrouvée seule dans une tente, les mains attachées dans le dos. Je ne savais pas où Lemleck était rendu.

J’ai eu droit à une visite du crétin en chef. J’étais déterminée à jouer les innocentes jusqu’au bout et c’est ce que j’ai fait. Mais qui est Lemleck? Moi je ne connais que le capitaine Rodrigue et il devait me reconduire chez moi, c’est tout…

Le crétin m’a expliqué les chefs d’accusations contre Lemleck : il aurait tenté de faire chier l’alliance entre les arcadiens et les elfes, il aurait kidnappé le prince et la princesse des elfes bleus. Le prince s’en était sorti, mais la princesse avait été renvoyée en paquet cadeau au roi. Suite à ça, Lemleck avait été banni d’Arcadia. Une minute… Lemleck est arcadien? Ce n’est pas que ce soit si important que ça, mais Lemleck est arcadien? Je comprends maintenant pourquoi Rodrigue avait dit que ceux de sa race étaient faits forts.

Et puis c’est quoi ces accusations-là? Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé, mais je suis certaine que Lemleck n’a rien à voir là-dedans. Je ne sais pas grand-chose sur lui, mais je sais que c’est quelqu’un de bien. Ce dont il est accusé, ce sont des gens mauvais qui font ça et Lemleck m’a sauvé la vie trop de fois pour en faire partie. Et si par malchance il me manipulait depuis le début et qu’il avait vraiment fait tout ça, toute sa famille a été massacrée, bordel! Il ne méritait pas ça, peu importe les circonstances! Alors jamais je ne pourrais lui en vouloir qu’il cherche à se venger, mais surtout, jamais je ne chercherais à l’en empêcher, au contraire…

Mais voilà le genre de choses que je ne pouvais pas dire à l’arcadien, qui semblait complètement bouché sur le fait de «il n’avait pas le droit de revenir, alors il doit être puni»… Mais on s’en fout! Ce n’est pas parce qu’il y a eu une transgression qu’il faut automatiquement qu’il y ait une punition! Il est seulement ici pour me reconduire chez moi! Il n’avait pas le croit de revenir… Mais on s’en fout, je vous dis! Foutue loi de merde. Vu la gravité des accusations, que pensez-vous qu’il va lui arriver s’il retourne à Arcadia? Vous ne pouvez pas faire ça… s’il vous plaît…

Quand j’ai été seule (bon débarras), j’ai tout de suite essayé de défaire mes liens. Je n’allais quand même pas attendre ici sans rien faire. Je vais sortir d’ici, je vais trouver Lemleck et après nous partirons le plus loin possible d’ici. J’ai d’abord essayé de couper mes liens avec mon épée de glace. Fail. Après j’ai essayé de geler la corde pour pouvoir la briser. Fail (je me suis écorché un poignet et c’est tout). Il faut que je fasse quelque chose. Je ne veux pas que Lemleck meure…

Le crétin en chef est revenu et il m’a fait une étrange proposition : il avait un plan pour nous faire partir d’ici. Mon travail à moi serait de convaincre Lemleck. Pas de problème. Le crétin voulait nous suivre. Peut-être problème… Mais nous allons nous arranger avec ça. Il y aura toujours moyen de nous en débarrasser plus tard…

Finalement, je n’ai eu à rien faire parce que Lemleck a accepté de lui-même la proposition du soldat. Il avait même un message à me transmettre : je devais faire ce que je faisais de mieux. Ce que je fais de mieux? Chanter…? Oh, aveugler les gens… D’accord, il y a longtemps que je n’ai pas utilisé de flare.

Au coucher du soleil, un arcadien est venu me chercher. Lemleck et moi avons été emmenés à l’écart du camp. Il n’y avait pas beaucoup d’arcadiens avec nous, mais il y en avait un qui était là comme «protection anti-magie» au cas où je tenterais quelque chose. Merde, je crois que je peux dire adieu à mon flare. Je vais utiliser mon eau alors.

Le crétin nous a dit nos chefs d’accusation. Moi j’étais accusée d’être une traître à ma race, d’avoir suivi un criminel en toute connaissance de cause, de l’avoir aidé… Merde… Tout est vrai… Mais comment a-t-il fait pour deviner tout ça?

vendredi 17 février 2012

Je me sens comme une petite conne...

3 novembre (nuit)

J’ai essayé de raisonner Lemleck, mais je crois que je n’ai pas été convaincante du tout, parce qu’il a continué d’avancer vers moi sans s’arrêter. Moi je reculais, mais à tous petits pas. Je voulais qu’il retourne dans sa chambre, mais j’avais encore plus envie qu’il reste. Plus il se rapprochait et plus j’en avais envie. Quand je me suis retrouvée dos à l’armoire, ses mains de chaque côté de moi, mes protestations n’étaient plus que des murmures. Et quand il s’est penché vers moi, je ne sais plus si je le suppliais de s’en aller ou de m’embrasser.

Mes belles résolutions sont parties en fumée dès que ses lèvres ont touché les miennes. J’ai tout de suite répondu à son baiser tant j’avais envie de lui. Je n’avais jamais été embrassée comme ça, mais j’adorais.

Lemleck m’a soulevée en plaçant une main sous mes fesses. Il continuait de m’embrasser et moi je suis restée accrochée à lui, jusqu’à ce qu’il me jette sur le lit. Quelques instants plus tard, je n’avais plus sur le dos que ma petite culotte. C’est à ce moment-là que je me suis dit que ce n’était peut-être pas une bonne idée de continuer. Si nous dépassions le point de non-retour, nous le regretterions tous les deux.

Lemleck a enlevé sa chemise et est grimpé sur moi. J’ai essayé de le repousser avec mon pas-de-force, mais il m’a immobilisée en maintenant mes bras au-dessus de ma tête avec une de ses mains. J’ai tenté ensuite un coup de pied bien placé, mais je n’ai pas réussi et ses jambes empêchaient maintenant les miennes de bouger.

J’ai ensuite essayé de le repousser avec de l’eau, mais j’ai seulement réussi à le trouver encore plus attirant avec ses cheveux mouillés. J’aurais bien essayé un flare, mais sa tête était rendue dans ma poitrine. Non, ne m’embrassez pas là… mais continuez s’il vous plaît…

Son autre main était rendue dans ma culotte. Encore là, je ne sais pas si je me tortillais pour qu’il me lâche ou pour qu’il continue. On aurait dit que plus ma tête me disait que ce n’était pas une bonne idée, plus mon corps me suppliait de me laisser faire.

Lemleck a arraché ma culotte comme si de rien était et après il a commencé à détacher son pantalon. Si je ne le repoussais pas tout de suite, il allait coucher avec moi et le pire, c’est que je le supplierais probablement de ne pas s’arrêter. J’ai finalement eu un coup de chance et ma vague d’eau a été assez forte pour l’éloigner. J’ai tout de suite couru m’enfermer à clé dans la salle da bain. Le temps que je passe dans la chambre de Lemleck, la première porte était défoncée. J’ai donc fait un mur de glace sur le deuxième, ainsi que sur la porte qui donnait sur le corridor. J’ai entendu du bruit venant de la salle de bain, comme si Lemleck essayait de défoncer la deuxième porte, puis le bruit s’est déplacé plus loin, il y a eu un cri et plus rien.

J’avais peur que Lemleck revienne et je ne tenais pas particulièrement à me faire trouver toute nue, alors je lui ai volé une de ses chemises et j’ai pris une de ses armes. J’ai ensuite passé le restant de la nuit à surveiller les deux portes. Si quelqu’un essaie d’entrer, je serai prête à tirer.

4 novembre

Finalement, le matin est arrivé et personne n’a jamais essayé d’entrer. J’étais cernée jusqu’aux coudes quand je me suis décidée à retourner dans ma chambre. Il n’y avait personne. J’aurais voulu me changer, mais mes vêtements étaient passés de vie à trépas. J’ai eu l’idée de tirer sur la corde et une servante est arrivée. Je lui ai donné mon linge, mais c’est avec une robe de sa maîtresse qu’elle est revenue. Mes vêtements étaient bel et bien morts, paix à leurs âmes. Génial. Alors, les seules choses que je possède encore et qui m’appartiennent sont mes bottes.

Une fois changée, je suis descendue. J’ai entendu Gratia pleurer derrière une porte et son mari qui faisait les cents pas. Je ne tenais pas à leur parler, alors je suis remontée. Au moment où j’arrivais à ma chambre, j’ai vu Lemleck qui sortait d’une autre pièce. J’avais encore moins envie de le voir lui, alors je suis allée m’enfermer à clé dans ma chambre et j’ai aussi verrouillé sa porte de salle de bain (je ne me sentais pas très rassurée d’avoir une porte défoncée entre nous deux).

Il est venu cogner pour que je débarre sa porte, mais j’ai refusé de le faire. Je lui ai dit qu’il avait défoncé ma porte, mais il n’a pas eu l’air de s’en souvenir. Il est parti puis est revenu, mais je refusais toujours de lui ouvrir.

-Est-ce qu’il s’est passé quelque chose hier soir?

-…Non…

-Ce «non» était-il un mensonge?

-Ça dépend ce que vous entendez par-là?

-Est-ce que je t’ai agressée?

-…Non…

(Si par «agresser» vous voulez dire «coucher avec moi», alors c’est non. Mais si par «agresser» vous entendez «embrasser, déshabiller, tripoter à des endroits beaucoup trop intimes et passer à un cheveu de coucher avec moi», alors la réponse est définitivement oui.)

J’ai accepté de lui ouvrir après qu’il m’ait promis de ne pas me faire du mal. Je savais que je pouvais croire en sa parole alors s’il me le promettait, c’était vrai. Il a dit que le rouge n’était pas ma couleur. Je sais, mais ce n’est pas comme si j’avais eu le choix. Mes vêtements… Il avait une bonne idée de ce qui s’était passé. Dieu merci, il n’a pas demandé de détails, parce que je ne pense pas que j’aurais été capable d’en parler. Avec un peu de chance, ce ne sera plus bientôt qu’un mauvais souvenir que nous finirons par oublier…

Lemleck voulait partir tout de suite. Pas de problème. Donnez-moi juste le temps de ramasser mes affaires… C’est vrai, je n’ai plus rien… encore! Je suis prête alors. Il m’a tendu son bras et je n’ai pas hésité à le prendre. J’étais toujours un peu mal à l’aise, mais je savais que je ne risquais rien avec lui. Dans le hall d’entrée, son frère a tenté de le retenir, mais Lemleck a été clair : il n’irait pas parler à sa belle-sœur et il ne voulait plus jamais entendre parler de cette affaire. Je crois que je vais me faire ramasser quand je vais m’excuser alors…

J’ai effectivement reçu de très bonnes claques de sa part, mais pas à cause de mes excuses. J’ai fini par trouver le courage de m’excuser. J’ai expliqué ce qu’il s’était passé et il ne m’en a pas voulu. Il a dit que ce n’était pas ma faute. Après il m’a demandé depuis quand je me martyrisais. Depuis quand? Réponse vague : c’est assez récent. Réponse précise : depuis qu’Uvi est mort. Il m’a aussi dit autre chose qui m’a fait très plaisir : il m’a remercié de lui avoir raconté ce que j’avais vécu chez son frère. Il savait que ça n’avait pas dû être facile pour moi, mais ce que je lui avais dit lui avait fait prendre conscience qu’il avait des responsabilités envers son frère, qui était devenu un monstre. J’ai été utile à Lemleck? Yééé!

C’est après ça que la conversation s’est gâtée. Il m’a dit que nous étions en route pour Idrazz’il. Moi je voulais vraiment l’aider et je lui ai dit. Il m’a regardée comme si j’étais complètement folle et il m’a demandé ce que je cachais. Je n’étais quand même pas pour lui dire que je m’étais rendue dans l’aile ouest et que j’avais vu tout le sang alors je me suis contentée de lui dire que je le considérais comme quelqu’un de bien et que je n’avais jamais pensé qu’il puisse être un malfrat, même s’il avait été envoyé à Scion.

J’ai eu l’impression de lui avoir fait la pire des insultes et j’ai subi ramassage après ramassage. Te rends-tu compte que tu vas m’aider à tuer ton roi? Peut-être que j’avais des raisons d’être envoyé à Scion… Ceux qui m’y ont envoyé en avaient aussi… Si quelqu’un essaie de me tuer, ou de te tuer, pourras-tu dire que leurs raisons ne sont pas bonnes? Je n’ai pas besoin de me faire dire que je suis un bon gars. En résumé, c’était : tu ne sais rien alors ferme-la. Muuu… Et moi qui étais si contente de lui dire que je trouvais qu’il était quelqu’un de bien. Là je me sens juste comme une petite conne qui a parlé sans savoir…

Après ça, je me suis enfermée dans le silence et je n’ai plus osé le regarder. Je n’aurais pas pu me sentir plus mal. Et dire que je voulais tellement bien faire…

5 novembre (matin)

J’avais fini par m’endormir et le carrosse qui s’arrêtait brusquement m’a réveillée. Lemleck m’a empêchée de tomber. Reste tranquille. Bien sûr que je vais rester tranquille! Vous me prenez pour qui?

Il y avait dehors des soldats arcadiens qui voulaient faire une inspection de routine. Nous n’avons donc pas eu le choix de descendre. J’espère que ça ne durera pas longtemps…

mardi 24 janvier 2012

Je dois le raisonner, mais il est si beau...

Au bout de quelques heures, je me suis décidée à aller prendre des nouvelles de Lemleck. Jacques montait la garde devant sa cabine et il n’a pas voulu me laisser entrer. Après que j’ais expliqué un peu ce qui s’était passé, il m’a accusée d’être fautive et a refusé de m’expliquer quoi que ce soit. Il m’a ensuite chassée en me disant d’aller faire mes trucs d’elfe. J’ai même eu droit à un «shoo-shoo», avec le petit mouvement de main en prime. Je me suis beaucoup retenue pour ne pas lui donner un coup de pied dans le tibia…

Au moins, Rodrigue a été assez gentil pour m’expliquer. Il m’a dit que l’alcool était comme une drogue, que si on carburait à ça, l’organisme finissait par ne plus pouvoir s’en passer. Si on arrêtait d’un coup d’en prendre, ça pouvait créer un choc trop grand et la personne pouvait en mourir. Mais je ne veux pas que Lemleck meure moi… Rodrigue a tenté de me rassurer en me disant que ceux de sa race étaient faits forts. S’il le dit… mais depuis quand les capitaines sont considérés comme une race à part…?

18 au 26 octobre

Pendant 8 jours, je n’ai eu aucune nouvelle de Lemleck. J’entendais parfois du bruit et il m’est arrivé de voir Jacques sortir de la cabine, recouvert de la moitié de la nourriture qu’il avait tenté d’apporter à Lemleck. Moments jouissifs…

Finalement, la porte s’est ouverte. Je suis allée voir, mais il y avait toujours des marins. Je suis allée me cacher plus loin, mais quand je suis revenue, la cabine était toujours occupée. Je suis donc retournée me cacher et j’ai attendu que les marins sortent avant d’aller jeter mon coup d’œil. Lemleck n’était nulle part en vue. J’ai fait un tour complet du bateau et j’ai revérifié dans la cabine avant de me décider à demander à Rodrigue. Il m’a pointé la vigie. Alors c’est là qu’il se cachait? Je me suis assise tout près et je l’ai regardé jusqu’à ce qu’il descende.

Il est descendu par les cordes. C’était assez épique à voir. Il a atterri près de moi et m’a regardée sans rien dire. Il était amaigri et avait des cernes, mais au moins il était vivant. Mais je ne pouvais quand même pas lui demander s’il allait bien, vu que ce n’était pas le cas, alors je lui ai simplement dit que j’étais heureuse de voir qu’il allait mieux, puis qu’il ne soit pas mort, mais il n’a apprécié aucune de mes remarques. Je n’étais quand même pas pour vous dire que j’aurais aimé que vous mouriez!

Je lui ai demandé si j’avais fait quelque chose de mal. Il a été établi qu’à part être une elfe et respirer, à part espionner la cabine d’un homme (mais que devait-il penser de moi quand il m’a vue faire des allers-retours vers sa cabine?) et à part essayer de me justifier pour qu’il ne pense pas que j’essayais vraiment de l’espionner, je n’avais rien fait de mal. Ça doit vouloir dire qu’il ne m’en veut pas de lui avoir parlé. C’est bien, non? Il m’a demandé pourquoi je voulais savoir ça.

-Parce que c’est arrivé juste après que je vous ais parlé. Je sais qu’il y a un lien, mais je ne vois pas lequel.

-Pourquoi je devrais me justifier?

-Parce que vous le voulez bien…

-À une elfe?

-Oui.

-Jamais.

D’accord… Oubliez ça alors. J’ai été idiote de penser que… Nous arrivions le lendemain à destination, alors j’ai tout fait pour l’éviter.

27 octobre

Nous sommes finalement arrivés. Lemleck a jeté quelque chose à l’eau, pour attirer le truc que nous devions tuer. Il m’a donné une potion à boire, qui me permettrait de respirer sous l’eau. Comme au bon vieux temps…

Il a demandé à Maverick de nous emmener sous l’eau, en échange de quoi son bateau serait un deux mâts. Avec cette promesse et un «s’il vous plaît» de ma part, Maverick a sauté dans l’eau et s’est transformé. Lemleck a sauté directement sur la tête de Maverick. J’ai essayé de faire pareil, mais je suis tombée dans l’eau. Lemleck m’a sortie en m’agrippant par le collet. Il avait l’air contrarié.

-Je n’ai jamais dit que je savais sauter!

-Quand on ne sait pas, on demande!

-Ça change quoi? On va finir dans l’eau de toute façon!

(Il a encore eu l’air fâché.)

-Accroche-toi.

Par réflexe, je me suis accrochée à lui.

-Qu’est-ce que tu fais?

-…Désolée…

Comment j’étais censée savoir que je devais m’accrocher à Maverick et pas à vous? Je me suis donc accrochée à Maverick et nous sommes rentrés dans l’eau.

Maverick nous a laissés dans les profondeurs et il est reparti. Il y avait une épave de bateau plus loin. J’ai aperçu du mouvement. Yééé… Encore ça… C’est vraiment comme au bon vieux temps… Le monstre qui est sorti était le même que nous avions combattu dans le temple de l’eau, plus petit, mais tout aussi effrayant.

Tout est devenu noir assez vite et je me suis réveillée sur le pont du bateau, en crachant de l’eau. Maverick semblait très heureux que je sois réveillée. Lemleck avait encore l’air fâché et s’est contenté de m’ordonner d’aller me changer. Mais depuis quand vous me vouvoyez?

Je suis donc allée me changer et je me suis risquée ensuite à aller le voir. Il était en train de préparer la mixture qui me débarrasserait de mes bracelets. Le premier s’est enlevé sans problème, mais le deuxième a refusé de se défaire. Ça n’a pas plus à Lemleck et il a même traité la sorcière de garce.

Moi j’ai décidé de faire un essai et j’ai réussi : mon violon est apparu. Rien n’aurait pu me faire plus plaisir alors j’ai remercié Lemleck. J’étais malgré tout très satisfaite. Avec un peu de chance, je pourrais malgré tout utiliser ma magie à peu près normalement.

-Je tiens toujours ma parole.

-C’est ce que je vois.

-…

Il a haussé un sourcil, comme si ma déclaration le surprenait. Vous l’aviez dit vous-même, non? Vous devez me faire confiance sur un minimum de choses si vous voulez que je vous fasse aussi confiance. Ça marche dans l’autre sens aussi.

La prochaine étape était le continent et Idrazz’il. Mais avant, Lemleck voulait faire un arrêt au port le plus proche. Bien entendu, il ne m’a pas dit où il voulait s’arrêter ni pourquoi, alors je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment. Mais qu’est-ce qu’il prépare…?

3 novembre

Au bout d’une semaine, nous sommes finalement arrivés à destination. Maverick est parti avec Rodrigue pour magasiner un bateau et j’ai dû dire adieu à mon ami. J’espère que je vous reverrai un jour. Vous allez me manquer…

Un carrosse attendait Lemleck, qui m’a fait signe de le suivre. Euh… Mais qu’est-ce qui se passe? Il me demande, pas ordonne, demande, de le suivre… Quelle visite peut-il bien avoir à faire qu’il ait besoin de moi? Je me sentais un peu mal à l’aise, mais je l’ai quand même suivi. Ma curiosité me perdra…

Le voyage a duré une bonne partie de la journée. Lemleck n’a rien dit et moi je n’ai rien demandé. Je ne pense pas qu’il m’aurait répondu ou plutôt il m’aurait répondu un truc du genre «je n’ai pas à te dire quoi que ce soit».

Nous sommes arrivés en fin de journée à une charmante villa côtière. Des serviteurs sont sortis pour accueillir Lemleck et j’ai entendu une des deux voix que je redoutais le plus d’entendre : celle de la belle-sœur. Pourquoi? Pourquoi Lemleck voulait-il m’emmener ici? Le pire dans tout ça, c’est que la belle-sœur agissait comme si rien ne s’était passé. Elle a d’abord paru surprise de me voir, puis contente. Et moi, à part dire un faible «bonjour», je suis restée plantée là, complètement terrorisée.

Après qu’elle soit rentrée dans la maison, j’ai fait part de mes craintes à Lemleck. Je n’avais aucun désir d’entrer dans cette maison et je préférais de beaucoup retourner sur le bateau.

-Alors remonte dans le carrosse et retourne sur le bateau. Et montre à tout le monde que les elfes sont lâches.

(Il ne m’en fallait pas plus pour me décider. Juste pour le contredire, j’ai décidé de ne pas partir et je l’ai précédé dans la maison.)

-…Je vous hais.

-Quand on déteste, on essaie de tuer.

-Je ne vous déteste pas vraiment en fait…

Et c’était vrai. Avec tout ce qui s’était passé, j’avais eu peur de Lemleck, j’avais été fâchée contre lui, mais je ne l’avais jamais haï.

Nous avons retrouvé la belle-sœur au petit salon et nous avons été rejoints par le frère. Il a été très étonné de voir Lemleck chez lui, mais encore plus de le voir chez lui sobre. Quand il m’a regardée, il n’a même pas eu l’air de me reconnaître. Il a fallu que sa femme lui rappelle qui j’étais. Allez, rappelez-vous… Je suis l’elfe que vous avez déshabillée et tripotée durant son sommeil et que vous avez reluquée pendant qu’elle était complètement nue et qu’elle lisait un livre sur le sexe… Naturellement, je n’ai pas eu le courage de le lui dire.

La belle-sœur voulait qu’après le souper, nous allions boire un thé ensemble pendant que les hommes allaient de leur côté pour boire leur porto. Moi je n’avais pas du tout envie d’être ici et encore moins de me retrouver seule en compagnie de la belle-sœur. Pour l’amour du ciel, pourquoi Lemleck avait-t-il décidé de m’emmener ici et surtout pourquoi avait-il décidé de m’emmener ici pour quelques jours? La proposition de la belle-sœur ne me disait rien du tout et je m’apprêtais à lui dire.

-Euh…

-Lâche.

(Ça c’était Lemleck.)

-C’est d’accord!

Je n’allais certainement pas lui donner raison. Ça me fâchait tellement qu’il m’ait traitée de lâche que j’ai failli lui donner un coup de pied pour me venger.

Le frère et la belle-sœur nous ont précédés dans la salle à dîner et Lemleck m’a tendu son bras.

-Oh mon dieu…

(Comment vais-je survivre?)

-Lemleck suffira.

Est-ce que c’est moi ou est-ce que Lemleck vient juste de faire une blague? Vient juste de me faire une blague? Ça m’a fait tellement plaisir que ça effaçait presque l’inconfort que je ressentais.

-Je vous déteste…

-Je sais, je ne me lasse jamais de l’entendre.

-Vous savez, si vous avez l’impression de ne pas recevoir votre dose quotidienne, vous n’aurez qu’à me demander de vous le dire.

-Je n’y manquerai pas.

-J’ai l’impression que ça ne sera pas difficile…

Je ne pensais pas mes deux premières phrases, mais celle-ci, oui. Que ce soit volontaire ou pas, on aurait dit que Lemleck savait exactement quoi dire et faire pour que j’agisse.

Le souper s’est relativement bien passé. La nourriture était délicieuse et le frère et la belle-sœur était de bonne compagnie. On aurait presque dit un repas entre amis. Quand nous avons fini de manger, les hommes sont effectivement partis de leur côté et moi avec la belle-sœur pour boire un verre et discuter entre filles.

J’avais tellement peur qu’elle ne mette ses menaces à exécution que je n’ai pas osé la contredire une seule fois. Quand elle m’a demandé comment les choses se passaient avec Lemleck, je lui ai répondu que ce n’était que tout récemment que nos relations s’étaient améliorées. Elle m’a ensuite demandé si nous en étions rendus à penser à… avoir une famille? Non, pas encore… Oui, c’est bien parce qu’il n’a pas encore osé faire les premiers pas… Est-ce qu’il aurait besoin d’un petit coup de pouce? Oui, sûrement… Je pensais qu’elle allait me donner des conseils sur ce que je devrais faire pour «motiver» Lemleck, mais elle n’en a rien fait. Elle doit garder ça pour plus tard. J’ai aussi mentionné que Lemleck ne buvait plus depuis deux semaines et qu’il avait tout jeté par-dessus bord. Elle était certaine que j’en étais la cause. Oui, c’est bien à cause de moi, mais pas pour moi.

Elle m’a reconduite à ma chambre en prenant bien soin de me préciser que la chambre de Lemleck était juste à côté et qu’une salle de bain communicante nous séparait. Merci, c’est bon à savoir…

Une fois seule, j’ai attendu avec impatience que Lemleck retourne dans sa chambre. J’entendais des éclats de voix (qui ne pouvaient être que les siens) et j’étais très curieuse de connaître les détails de la discussion qu’il avait eue avec son frère. Dès que j’ai entendu du bruit de l’autre côté, j’ai ouvert la porte menant à la salle de bain communicante… au même moment où lui ouvrait la porte de son côté, une bouteille de vin et deux coupes à la main.

-Les grands esprits se rejoignent…

-Je suis un grand esprit?

-Ce soir, oui.

-Ce soir?

-…Tout le temps!

(Et maintenant, ça sonne comme si je le traitais d’attardé tout le reste du temps. J’ai seulement été agréablement surprise de voir que nous avions pensé à la même chose en même temps, c’est tout…)

Il m’a laissé la préférence de l’endroit où nous boirions notre vin, alors je lui ai fait signe de me suivre dans ma chambre, où nous pourrions nous assoir confortablement que sur le rebord du bain. Il m’a demandé quels étaient mes plans. Survivre à mon séjour ici, retourner sur le bateau et penser à un moyen de nous faire entrer dans Idrazz’il sans problème. Parce que oui, je voulais vraiment aider Lemleck.

J’ai profité que l’atmosphère était détendue pour m’excuser d’avoir été lâche. Je lui ai expliqué que j’avais eu tellement peur que je n’avais pas osé la détromper. Son frère, lui, ne pensait pas que nous étions un couple. Tant mieux pour lui, mais la belle-sœur le croyait et moi j’avais eu peur de lui dire le contraire.

-Ils ne te feront rien parce que je suis là.

-Mais vous ne serez pas toujours à côté de moi!

-Tu as besoin de moi pour te protéger d’elle?

-Oui.

-Tu as besoin de moi?

-Oui!

Que voulez-vous que je vous dise de plus? Je suis faible, je suis lâche et j’ai besoin de vous! Parce que je sais très bien que malgré vos sentiments envers les elfes, vous ne les laisserez pas me faire du mal. Regardez ce que vous avez fait! Vous m’avez tellement énervée que j’ai des coups de chaleur! C’est même plus que des coups de chaleur. Je commence à avoir très chaud.

Lemleck avait chaud aussi parce qu’il a enlevé sa redingote.

-Il fait vraiment chaud…

-Oui, c’est vrai. Est-ce que l’alcool est censé donner aussi chaud? Je ne suis pas une experte, mais…

-Non. D’habitude, l’alcool rafraîchit.

Il a fini de parler, mais j’ai gardé les yeux rivés sur ses lèvres. J’adorerais les embrasser, ou même juste les toucher, ou toucher votre visage... Et vos yeux… Vos yeux sont tellement beaux Lemleck… Et votre torse, que j’aperçois par le col entrouvert de votre chemise… J’ai tellement envie de détacher votre chemise jusqu’en bas pour pouvoir admirer le reste… Savez-vous à quel point vous êtes sexy…?

Oh mon dieu… Je suis en train de trouver Lemleck attirant… Ce n’est pas normal, ce n’est vraiment pas normal! C’est la belle-sœur! Elle doit forcément avoir mis quelque chose dans le vin! C’est pour ça que nous avons si chaud et que Lemleck… me regarde exactement de la façon dont moi je dois le regarder. J’adore vraiment vos yeux… Je vous en prie, continuez à me regarder et laissez-moi vous regarder, laissez-moi tout vous regarder… Oh non, je ne peux pas croire que je viens de penser ça. Il faut qu’il parte, tout de suite!

-Je vous en prie Lemleck, partez avant que je ne dise ou ne fasse quelque chose que je pourrais regretter.

-Comme quoi?

(Votre voix est si sensuelle… Vous voulez bien me murmurer quelque chose à l’oreille? N’importe quoi fera l’affaire. Je voudrais juste entendre votre voix d’un peu plus près et sentir votre souffle sur ma peau. D’ailleurs, ce n’est pas obligé d’être contre mon oreille. Tout mon corps est à votre disposition pour que vous en profitiez comme vous voulez. Seigneur, je suis en train de m’offrir mentalement à Lemleck…)

-Comme…

(Comme vous dire à quel point vous êtes beau et que je voudrais que vous me preniez ici et maintenant. Je vous en prie, enlevez-moi mes vêtements, arrachez-les si vous voulez, et prenez-moi. Je me fiche si ce n’est pas sur le lit. Le canapé ou même le plancher feront l’affaire.)

-…Comme quelque chose…

Lemleck s’est finalement levé et il est parti. J’ai failli lui demander de rester, le supplier plutôt, mais en même temps, la vue de dos n’était pas du tout désagréable à regarder… Je n’avais jamais remarqué à quel point vous aviez des belles fesses. Je suis certaine qu’elles seraient encore plus belles si vous n’aviez pas vos pantalons… Pourquoi avez-vous seulement enlevé votre redingote? Avez-vous besoin d’aide pour le reste…?

Une fois la porte de la salle de bain refermée, j’ai commencé à faire les cents pas. J’ai des pensées envers Lemleck… J’ai des pensées trop troublantes envers Lemleck… Je sais que ce n’est pas naturel, mais je ne peux pas m’en empêcher. J’ai déjà trouvé des hommes beaux et attirants, mais je n’avais jamais été attirée sexuellement pas personne et surtout pas au point que c’en était devenu un besoin vital. Ça pouvait paraître exagéré, mais c’était ce que je ressentais : j’avais l’impression que j’allais devenir complètement folle si je ne couchais pas avec Lemleck.

Pour l’amour du ciel, reprends-toi Leila… Reprends-toi… J’essayais toujours de me contenir quand la porte de la salle de bain s’est ouverte avec éclat, au bout d’une heure. C’était Lemleck, qui avait l’air de me vouloir encore plus que tout à l’heure. Je pourrais peut-être le raisonner… essayer de le raisonner… Non, je dois le raisonner.

Mais il est tellement beau et le lit est si près…

dimanche 8 janvier 2012

Euh...

Lemleck attendait sans rien dire devant moi. Il me regardait et attendait­. Je lui ai demandé pourquoi il voulait tant savoir. C'était raisonnable comme question, non? Après tout, ça faisait six mois que je voyageais avec lui et jamais il ne s'était intéressé à ce qui s'était passé. Malgré ça, il a refusé de me répondre.


J'ai commencé par parler d'Urh. Je crois que j'ai dit dix mots avant d'avoir un blocage.
-Est-ce que c'est vraiment nécessaire?
-...
Encore un silence. Lemleck ne m'aiderait pas du tout. Je me serais attendue à ce qu'il le fasse. Pas avec des encouragements, mais avec des «Parle l'elfe!». Le silence était pire.

J'ai réussi à me rendre jusqu'à l'arrivée à la maison. Ensuite, j'ai encore bloqué. Le souvenir de cette fameuse nuit me rendait profondément mal à l'aise. J'aurais pu à ce moment-là me taire. Je lui ai encore demandé si c'était vraiment nécessaire et il m'a répondu que si je ne voulais pas en parler, c'était mon choix.

J'aurais pu tout arrêter à ce moment-là et ne plus jamais y penser, mais j'ai choisi de tout déballer. Peut-être que j'avais peur qu'il revienne à la charge plus tard? S'il m'avait posé la question, c'était qu'il voulait vraiment savoir, peu importe sa raison, alors il n'abandonnerait pas aussi facilement. Peut-être que je voulais tout simplement en être débarassée une bonne fois pour toute...?

J'ai pris une profonde inspiration et j'ai tout déballé.
-La première nuit, je me suis réveillée à moitié nue, votre frère couché sur moi en train de me tripoter!
-La provocation ne fonctionne pas avec moi, surtout venant de toi.
-Ce n'est pas de la provocation!
-Pourquoi il aurait fait ça?
-Je ne sais pas! Je ne lui ai pas demandé! J'étais occupée à me défendre!
-Te défendre contre quoi?
-Me défendre contre l'homme qui m'avait déshabillée et tripotée durant mon sommeil!
-...
-J'aurais dû le laisser faire peut-être?!
-...
-...
Encore ce silence si pesant. D'accord, je vais continuer...

J'ai enchaîné avec les leçons de danse et les coups de fouet sur mes pieds, qui ont fini fendus jusqu'au sang. Il n'a pas commenté. Juste un haussement de sourcil, comme s'il doutait de la véracité de mes paroles.

J'ai continué avec les leçons d'équitation et les commentaires déplacés de son frère. Dieu merci, il ne m'a pas demandé de précision.

Ensuite, ma deuxième leçon préférée: la broderie/tricot. J'ai parlé de l'aiguille à tricot dans la main, des menaces, du petit doigt disloqué. Encore ce haussement de sourcil...

Puis, vint ma partie préférée: les leçons de diction. Je me suis contentée de dire que c'était un livre très déplacé (jamais je n'aurais pu dire quel était le sujet exact, beaucoup trop gênant). J'ai parlé de la belle-soeur, de son départ. Puis l'arrivée de son frère, ses commentaires encore déplacés, sa main rendue à moitié sous ma robe... Plus mon récit avançait, moins j'osais le regarder. Quand je suis arrivée au moment où son frère m'avait demandé d'enlever ma robe, sinon il aurait demandé à des serviteurs de le faire à ma place, j'osais à peine lui jeter de minuscules coups d'oeil, tellement j'étais mal à l'aise. Lui n'avait pas arrêté un instant de me fixer, toujours en silence.

Alors j'ai continué: la lecture avec le frère qui me reluquait, la belle-soeur qui est revenue et qui s'est mise à discuter avec son mari comme si de rien était...

La suite, il en connaissait une partie. Il était arrivé et j'avais osé lui répliquer. Ça n'avait pas plu à la belle-soeur, qui m'avait forcée à manger un pain au savon et... la cerise sur le sundae, ses menaces on ne peut plus claires. Je m'en souvenais par coeur: Si tu ne le satisfais pas d'une quelconque façon, je vais te revendre à des marins pas recommendables, cinq ou six, qui auront pour seule mission de faire souffrir le plus longtemps possible.

Le lendemain matin à l'aurore, la belle-soeur était venue me réveiller. Elle m'avait mis un sac (de vêtements?), m'avait emmenée jusqu'au bateau et m'avait enfermée à clé dans la cale. And the rest was history.

Voilà. Mon histoire était terminée. Ça avait été beaucoup plus facile que ce que je croyais, probablement à cause que je n'avais reçu aucune interruption. Je ne sais pas si je pouvais dire que le pire était derrière moi, parce que je me sentais toujours profondément mal à l'aise. Je n'éprouvais aucun sentiment de libération comme ce genre de confidence en apporte parfois.

Je me sentais d'autant plus mal à l'aise qu'il ne disait rien. Moi j'attendais, que ce soit un commentaire ou une question mais il ne se passait rien. Je viens de vous raconter un des épisodes les plus difficiles de ma vie et vous ne me dites rien?
-Vous voulez savoir autre chose?
-...C'est tout?
-Oui, c'est tout.
(Que voulez-vous qu'il y ait d'autre? C'est vrai, j'ai oublié l'épisode où votre frère a mis sa langue dans ma bouche, mais voulez-vous vraiment savoir ça?)

J'aurais tant aimé avoir son opinion, que ce soit en bien ou en mal, mais je n'ai rien eu du tout. Sans un mot, il s'est dirigé vers son armoire à alcool et il l'a vidée. Et quand je dis «vidée», c'est dans le sens de complètement vidée. Ses mains étaient tellement pleines qu'il ne pouvait pas ouvrir la porte. Je m'apprêtais à le faire pour lui quand il a décidé de la défoncer d'un coup de pied. Euh...Est-ce qu'il est fâché?

Je l'ai suivi discrètement, trop curieuse que j'étais. Je l'ai vu donner des ordres à Jacques, qui semblait plutôt perplexe. Après, il s'est rendu jusqu'à la proue et il a jeté ses bouteilles une à une par-dessus bord. What the hell...? Mais qu'est-ce qu'il fait et pourquoi? Il doit forcément y avoir un rapport avec ce que je lui ai dit. Il ne peut pas avoir soudainement décidé de se débarrasser de son alcool, alors qu'il carbure à ça. Mais quel lien et surtout, pourquoi y en a-t-il un? Qu'est-ce que je lui ai dit qui lui ait causé un si grand choc?

Pendant qu'il continuait à jeter ses bouteilles, des marins sont arrivés avec des tonneaux et des caisses, qui ont aussi été jetés par-dessus bord. Est-ce qu'ils étaient aussi remplis d'alcool? Si oui, c'était vraiment radical comme solution.

Quand il a eu fini, je l'ai vu parler à d'autres marins, avant de s'en retourner vers sa cabine. Je n'avais pas trop envie de provoquer un face-à-face alors je suis retournée l'attendre là-bas. J'espérais encore à ce moment-là recevoir une opinion, mais tout ce que j'ai eu ce fut un «ramasse tes affaires, des marins vont venir te chercher pour t'emmener dans une nouvelle cabine». Oh...

Ce n'étaitpas que j'étais déçue, mais je l'étais un peu. J'étais bien entendu heureuse d'avoir de nouveau un espace à moi, mais je commençais à m'habituer à la cabine de Lemleck et comme les choses semblaient reparties sur de nouvelles bases entre nous, ça ne me dérangeait plus autant d'y rester. Ce qui me dérangeait, c'était cette impression d'avoir été chassée. comme s'il ne voulait plus m'avoir sous les yeux. Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal? Ou dit quelque chose de mal? Peut-être pense-t-il que je lui ai menti?

Je n'ai pas pu lui demander le pourquoi du comment que moi et mes maigres possessions (quelques vêtements) étions emmenés dans notre nouvelle demeure, une petite cabine à proximité de celle du capitaine. Comme la dernière fois, les marins s'étaient fendus en quatre pour que ça ait l'air le plus accueillant possible. J'étais très touchée par leur gentillesse, mais pas assez pour chasser mon malaise. Pourquoi Lemleck avait-il jeté/fait jeter tout l'alcool qu'il y avait à bord et pourquoi m'avait-il chassée...?

dimanche 18 décembre 2011

Leçons de vie par le pirate

Le voyage est bien parti pour se dérouler exactement de la façon contraire à laquelle je pensais. J’étais persuadée que le détour par la baie verte (et tout le reste du trajet aussi) se passerait dans un silence quasi-total et une toute aussi belle ignorance. Il m’aurait ignorée royalement tout en me jetant des regards fâchés et en poussant des soupirs exaspérés… Je l’aurais ignoré tout autant, le regard perdu dans le vide, broyant du noir…

Mais pour ma plus grande surprise, c’est exactement l’inverse qui est en train de se produire. Je crois… que je suis même en train de retrouver espoir, en beaucoup de choses, et tout ça c’est grâce à lui!

Il m’a donné quelques très bonnes claques bien méritées pour que l’information se rende et soit absorbée, mais ça a fonctionné. Et ça n’a pas été aussi brutal que ce à quoi je me serais attendue de sa part. Il a même plutôt été… très correct, presque gentil même.

Il m’a d’abord permis de prendre un bain. Je me serais presqu’attendue à ce qu’il me laisse crottée de schmu de poisson. Il m’a même prêté une de ses chemises pour que je n’ais pas à porter mes vêtements mouillés (je n’ai légèrement plus rien à me mettre voyez-vous) et il a poussé la gentillesse jusqu’à me dire que je pouvais utiliser un de ses foulards comme ceinture.

Mais à ce moment-là, j’étais encore trop déprimée pour apprécier ses gestes.

Quand il m’a posé d’autres questions sur chez moi, je lui ai encore répondu du mieux que je le pouvais. Je n’avais plus d’énergie pour me disputer.

J’ai encore mis sa parole en doute, mais au lieu de recevoir des remontrances, j’ai eu droit à des explications très calmes. Ceux qu’il visait, c’était des membres de la famille royale elfique (un ou deux en particulier). Alors je suis en train de l’aider à préparer l’assassinat de deux membres de la famille royale? Super…

Il m’a dit que même s’il était prêt à tuer tous les elfes qui se mettraient en travers de son chemin, il n’avait pas de raison de tuer mes parents. Moi j’avais encore certains doutes. Alors il a fallu qu’il me pose la question qui tue (la 1ère) : si j’avais si peur qu’il les tue, pourquoi je l’avais sauvé sur l’île? Je lui ai donné une réponse honnête : je ne savais pas si j’avais voulu le sauver plus que j’avais voulu mourir.

Vient la 2e question qui tue : ce que j’avais perdu valait-il que mes parents voient leur enfant morte? Euh… Il a ajouté que rien ne valait ça. Ok, c’est à ce moment-ci que je commence à me sentir vraiment conne. Encore une fois, je n’ai pensé qu’à moi et pas à ce que mes décisions pouvaient faire aux autres.

La 3e question (ou plutôt remarque) qui tue était encore plus mortelle que les autres. Il m’a demandé ce que je voulais, quand tout serait terminé et la seule chose que j’ai trouvée à répondre ça a été de ne plus avoir mal. Il m’a répondu que je ne savais pas ce qu’était la vraie douleur, que j’étais trop jeune pour ça. Si un jour j’apprenais ce que c’était, nous en reparlerions. C’est maintenant que je me sens totalement vraiment conne. Je pense que ma vie est de la merde parce que j’ai perdu des gens que j’aimais, alors que lui a vu toute sa famille massacrée et il ne se plaint jamais.

C’était claque après claque, mais je les méritais tellement. Jamais je n’aurais cru recevoir des leçons de vie de sa part et surtout, des leçons de vie qui semblaient sincères. Je pense que je n’oserai plus jamais me plaindre en sa présence…

Ça va mieux maintenant. Ce n’est toujours pas la grande forme et je ne sais pas combien de temps ça va me durer, mais ça va quand même mieux. Et c’est grâce au pirate soûl, qui n’est pas soûl du tout en ce moment et c’est sans doute pourquoi je le trouve de si agréable compagnie.

Pour le reste du voyage, je devrai penser à un moyen de nous faire entrer à Idrazz’il et surtout de convaincre mes parents de ne pas donner l’alerte. Je veux faire confiance à Lemleck et croire que tout se passera bien, alors je vais faire ma part. D’ailleurs, lui a déjà fait un grand pas sur le chemin de la confiance. Il m’a dit que je pouvais sortir pour aller me chercher à manger. Une minute… J’ai bien entendu? Il me permet de sortir?

Il a ajouté que s’il voulait que je lui fasse confiance, il devait me faire confiance pour un minimum de choses. Wow… Je ne me serais jamais attendue à celle-là… Ni à ce qu’il me dise que nous allions descendre seuls tous les deux à la baie verte. Ce n’était certainement pas moi qui allais me plaindre, mais il n’avait pas peur que je foute de la merde comme d’habitude, même si ça n’avait jamais été voulu? Il m’a répondu qu’il ne trouvait pas que je foutais la merde tant que ça. Ça aussi ça a été agréable à entendre, mais ça n’était certainement pas ce que ses paroles et ses actions me faisaient croire…

Je savais qu’il détestait profondément les elfes, avant même qu’il me le dise. Alors je suis automatiquement jetée dans le même panier que les elfes qu’il hait?

J’ai eu droit à une petite consolation : il m’a dit que c’était dommage que je sois une elfe, autrement, j’aurais été intéressante. Vraiment? Alors il y aurait vraiment de l’espoir que nos relations s’améliorent? Les choses pourraient vraiment changer entre nous? Il m’a répondu qu’il ne fallait jamais dire jamais, mais qu’à chaque fois qu’il me regardait, il voyait une scène d’horreur. Muuu… Je suis censée overcomer ça comment moi? Après ce qu’il a vécu, comment je peux espérer lui faire voir autre chose en moi qu’une elfe? Je n’ai vraiment pas envie de payer pour ce que des crétins d’elfes lui ont fait. Je sens que cette missions-là va être particulièrement difficile…

La soirée s’est terminée aussi mal qu’elle avait bien commencé. Il y avait autre chose que Lemleck voulait savoir. J’ai voulu faire acte de bonne volonté et lui ai demandé ce qu’il désirait savoir. Link lui en aurait parlé? Mais qu’est-ce que j’ai dit à Link que Lemleck pourrait bien…?

Ce qui s’est passé chez son frère…? Seigneur… De tout ce qu’il pouvait demander, il fallait qu’il demande ça… Je pense que je préférais encore quand il me posait des questions sur mes parents et sur Idrazz’il…

Lemleck était catégorique : il voulait tout savoir, du moment où j’avais rencontré son frère jusqu’à ce que lui me trouve sur son bateau. Pourquoi? Vous ne m’avez jamais posé de questions là-dessus, alors pourquoi est-ce important de savoir ça maintenant?

Je le connaissais assez bien pour savoir qu’il ne lâcherait pas prise avant d’avoir su tout ce qu’il voulait savoir et lui me connaissais assez bien pour savoir qu’il devrait me tirer les vers du nez. Il m’a donc demandé de me nourrir, de me reposer et le lendemain, il me poserait ses questions.

Je ne me suis pas endormie avant longtemps. Je pensais à comment j’allais aborder le sujet. Votre frère m’a achetée pour que vous passiez votre rage sur moi? Et en passant, la première nuit, je me suis réveillée à moitié nue, votre frère couché sur moi en train de me tripoter… Je n’ai pas envie de raconter ça… Je n’ai pas envie de parler d’aucune de toutes les choses horribles que j’ai vécues dans cette maison… Mais je n’aurai pas le choix, alors je vais essayer de me conditionner en me disant que ça ne sera qu’un autre mauvais moment à passer…

18 octobre

Je me suis réveillée assez tard. Lemleck avait déjà commencé à boire. J’ai à peine touché à mon repas, tant mon estomac était noué.

Après le déjeuner/diner, il a sorti une bouteille de vin et a rempli deux coupes. Il m’en a tendu une. Oui, je sens que je vais en avoir besoin… beaucoup… À la fin de cette conversation, je vais être tellement soûle.

Ok, here I go…

dimanche 4 décembre 2011

Je me fous tellement de...

Il a le culot de me dire qu'il se sent insulté...

Pourquoi? Non, ne me répondez pas. Je m'en fous de toute façon...

Mais c'était vraiment la meilleure ça... Tu n'as rien sacrifié alors ne m'insulte pas!

Je dois commencer à rire quand? Depuis quand énoncer les faits c'est insulter quelqu'un?

Je te promets que vous aurez la vie sauve, mais je vais te tabasser à mort si tu ne me dis pas tout ce que je veux savoir. Et en passant, je vais aussi tabasser ton ami et ta famille. Et même si je viens de te dire que je vais tout détruire peu importe ce qu'il se passe, je te promets qu'il ne vous arrivera rien si tout ce passe comme je le veux.

Je peux rire maintenant? Suis-je seule à voir de l'inconsistance là-dedans?

Vous me prenez pour qui Lemleck? Je suis peut-être stupide, mais pas au point de croire une connerie pareille. Plus jamais je ne vous croirai, parce que votre parole ne vaut rien du tout...

J'aurais dû me suicider quand j'en avais encore l'occasion. Maintenant, il est trop tard et j'ai encore plus condamné tout le monde. Mais j'ai élargi leurs options! Ils ont maintenant le choix entre souffrir et souffrir encore plus!

Je ne voulais pas proposer ma voix en sacrifice, mais j'aurais dû le faire. Je n'ai plus envie de parler (tout ce que je dis passe dans du beurre) et chanter? Je chanterais pour quoi? Pour qui?

Je vais retrouver ma magie? Yééé... À quoi va-t-elle me servir à part à rien? Et mon violon? J'étais si heureuse à l'idée de le retrouver, mais aujourd'hui je n'ai plus aucune inspiration pour en jouer.

Vous avez dit que la seule chose en laquelle vous pouviez avoir confiance était l'amour que je portais aux miens? Mais je ne suis même pas certaine que ça sera assez.

Je suis si fatiguée d'avoir mal. Je voudrais juste que ça arrête...